L’ONU alerte : Gaza en proie à « la plus grave crise économique jamais observée » dans le monde

Le territoire palestinien de la bande de Gaza traverse actuellement la « pire crise économique jamais observée » dans le monde, a alerté jeudi l’agence de l’ONU pour le commerce et le développement (Cnuced)

Peut-on encore parler d’économie palestinienne ? Après 60 ans d’occupation israélienne, l’activité est plus bridée que jamais dans les Territoires. La guerre à Gaza a « réduit à néant des décennies de développement », alerte ce jeudi 24 septembre l’ONU. Elle estime qu’il faudrait plus de 71 milliards de dollars pour reconstruire l’enclave. C’est tout simplement la plus grave crise économique observée dans l’histoire.

La Conférence de l’ONU pour le commerce et le développement (Cnuced) utilise même un néologisme pour ça : elle parle de dé-développement, c’est-à-dire l’asphyxie complète des capacités économiques d’un territoire, rapporte le correspondant de RFI à Genève, Jérémie Lanche. Avec moins de 2 % des terres agricoles accessibles, le chômage et la pauvreté ont explosé à Gaza, rappelle le numéro 2 de la Cnuced, Pedro Manuel Moreno : « Plus de 90 % de la population n’a pas d’emploi. Le PIB par habitant est de 0,58 dollar par jour par personne. Et les prix, eux, ont augmenté de 274 % [depuis le début de la guerre]. »

Avant octobre 2023, « deux habitants de Gaza sur trois vivaient dans la pauvreté. Aujourd’hui, toute la population de Gaza est touchée », a expliqué le responsable de la coordination de l’assistance aux peuple palestinien pour la Cnuced, Mutasim Elagraa, évoquant « une situation déjà catastrophique [qui] s’est considérablement aggravée ».

« À Gaza, le secteur du logement a subi les dommages les plus lourds, estimés à 19 milliards de dollars pour 2025 », l’activité industrielle et la production agricole à Gaza ont reculé de 94 %, avec 1,5 % des terres cultivables exploitables et accessibles à ce jour, ce qui « implique une dépendance totale à l’aide alimentaire humanitaire », a-t-il énuméré.

3,67 milliards de dollars retenus par Israël

L’enclave ne pèse plus que 4 % du PIB palestinien. Mais même en Cisjordanie occupée , l’activité est bridée de toutes parts. Depuis 2019, Israël retient plus de 3,67 milliards de dollars qu’elle aurait dû reverser à l’autorité palestinienne : « Les entreprises ne peuvent pas marcher, les services publics ne peuvent pas fonctionner. Le risque qu’une crise fiscale déclenche un effondrement total du système économique palestinien est réel. »

Un État palestinien viable, conforme aux résolutions de l’ONU, est une condition préalable à la paix régionale et mondiale, rappelle la Cnuced. Or, cet État, dit l’organisation, ne peut se construire sur une économie en ruine.