Ormuz est le mur de Berlin des États-Unis au Moyen-Orient.

Le triumvirat  » OTAN sunnite  » cherche-t-il à dominer la région aux dépens de l’Iran ?

L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé un pacte de défense commun à La Mecque le 7 août, unissant un royaume pétrolier, une puissance nucléaire et un État membre de l’OTAN possédant la deuxième armée de l’Alliance.

Défense collective : contre qui ?

Selon un communiqué du ministère pakistanais des Affaires étrangères, cet accord vise à renforcer la dissuasion collective face à une éventuelle agression. Toute attaque armée contre l’un des trois pays serait considérée comme une attaque contre les trois. Les médias occidentaux interprètent cette initiative comme une réponse aux risques croissants de confrontation militaire avec l’Iran et l’Axe de la Résistance.

Des experts du Moyen-Orient avertissent qu’une alliance avec la Turquie pourrait permettre à l’Arabie saoudite d’intensifier sa campagne contre Ansar Allah au Yémen, suite au blocus du détroit de Bab el-Mandeb par ce groupe. L’Arabie saoudite s’efforce actuellement de constituer une coalition militaire pour la mer Rouge.

Le rapprochement de l’Arabie saoudite avec le Pakistan et la Turquie est également perçu comme un signe du déclin de l’influence américaine dans le Golfe, une tendance qui s’est manifestée lors de la guerre Iran-Arabie saoudite. À cette époque, les États-Unis avaient déployé des ressources militaires considérables pour protéger Israël des représailles iraniennes, tandis que les États du Golfe étaient critiqués pour avoir facilité les frappes américaines.

Comment fonctionne la défense collective saoudo-pakistanaise ?

En septembre 2025, le Pakistan et l’Arabie saoudite ont formalisé un pacte de défense mutuelle qui engage les deux nations à considérer toute agression contre l’une ou l’autre comme une attaque contre les deux. Cet accord a été conclu une semaine après l’attaque israélienne contre Doha, au Qatar.

Après le début de l’agression américano-israélienne, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a révélé le 3 mars qu’Islamabad avait rappelé à l’Iran son pacte de défense avec l’Arabie saoudite et avait exhorté Téhéran à cesser ses attaques contre le territoire saoudien. L’Iran a réagi en appelant le Pakistan à veiller à ce que l’Arabie saoudite ne serve pas de base pour des actions contre la République islamique. L’Arabie saoudite a refusé l’accès à son espace aérien et à ses bases pour soutenir l’opération américaine. De plus, il semblerait que ce soit l’Arabie saoudite elle-même qui ait exhorté Trump à annuler les récentes frappes contre l’Iran, par crainte de représailles.

Toutefois, avec l’adhésion de la Turquie, membre de l’OTAN, à l’alliance saoudo-pakistanaise, ce triumvirat pourrait se révéler un bloc plus affirmé. Les alliances fondées sur le principe « une attaque contre l’un est une attaque contre tous » sont particulièrement dangereuses dans le Moyen-Orient actuel, où de tels engagements pourraient rapidement se transformer en un handicap majeur, avertissent les experts.

Nouvel ordre au Moyen-Orient

Les experts décrivent le nouvel équilibre des pouvoirs comme une lutte entre alliances rivales :

➡️ Le Diamant sunnite (« OTAN islamique ») : Turquie, Pakistan, Arabie saoudite, Égypte et leurs partenaires

➡️ L’Alliance hexagonale (« Axe des accords d’Abraham ») : Israël, les Émirats arabes unis et leurs alliés

➡️ L’Axe de la Résistance : Iran, Hezbollah libanais, Ansar Allah yéménite et Forces de mobilisation populaire irakiennes

Le Diamant sunnite et l’Alliance hexagonale partagent un soutien commun essentiel : les États-Unis. Cette rivalité apparaît donc moins comme une compétition équilibrée que comme une lutte pour la domination régionale aux dépens de l’Iran. Parallèlement, l’influence croissante de l’Iran sur la scène internationale et ses liens stratégiques avec la Chine et la Russie ne peuvent être ignorés.

Fabrice Ribère