La dissolution des « Loups gris » en France énerve Erdogan

Le pouce joint au majeur et à l’annulaire pour former le profil du loup, avec l’index et l’auriculaire dressés en guise d’oreilles. Voici le signe de ralliement de cette milice turque qui a fait parler d’elle ces derniers jours.

Le groupe ultra-nationaliste turc Les Loup gris a été dissous ce mercredi 4 novembre en Conseil des ministres. La Turquie a immédiatement réagi en prévenant qu’elle allait «répliquer fermement».

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé la dissolution du mouvement ultra-nationaliste d’origine turque « Les Loups gris » ce mercredi 4 novembre. Sur Twitter, il a écrit : «Le mouvement des « Loups Gris » a été dissous en conseil des ministres, conformément aux instructions du président de la République. Comme le détaille le décret que j’ai présenté, il incite à la discrimination et à la haine et est impliqué dans des actions violentes.»

Le décret stipule que «ce mouvement paramilitaire et ultra-nationaliste des Loups Gris, fondé en 1968 en Turquie» possède un «signe de ralliement» étant celui «des sympathisants de l’extrême-droite turque». Le document affirme qu’«Ahmed Çetin, l’animateur du groupe en France, «véhicule sur les réseaux sociaux une idéologie tendant à discriminer voire à provoquer la violence envers les personnes d’origine kurde ou arménienne». En France, «plusieurs foyers de ce mouvement ont ainsi été identifiés sur le territoire».

Ankara annonce une réplique ferme

La Turquie a réagi dans la foulée à l’annonce de cette dissolution en prévenant qu’elle allait «répliquer fermement» et en qualifiant cette décision de «provocation».

«Nous soulignons qu’il est nécessaire de protéger la liberté d’expression et de réunion des Turcs de France […] et que nous répliquerons de la plus ferme des manières à cette décision», a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

La décision française intervient sur fond de fortes tensions diplomatiques entre Paris et Ankara, liées notamment à des désaccords sur la Syrie et la Libye, mais aussi à des attaques personnelles du président islamiste turc Recep Tayyip Erdogan contre son homologue français Emmanuel Macron, dont il a mis en cause la «santé mentale».

Un groupe réputés proches de Recep Tayyip Erdogan

Les Loups gris, dont le nombre de membres est difficile à quantifier, ne se sont jamais constitués en association loi 1901. Le code de la sécurité intérieure permet cependant la dissolution de groupements de fait. Fondé pour soutenir l’idéologie fasciste MHP, le mouvement des Loups gris s’est fait connaître en commettant des actions violentes envers des minorités et militants d’extrême gauche.

Plusieurs manifestations armées ont ainsi été organisées par le groupuscule, dont certaines très récemment. Dans la semaine du 26 octobre au 1er novembre, de nouveaux faits de violence ont été commis contre la communauté arménienne à Vienne (Isère) et à Dijon (Côte d’Or), sur fond de guerre dans la région indépendantiste du Nagorno Karabakh opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie. Le 28 octobre au soir, les forces de l’ordre étaient intervenues dans cette ville, haut-lieu de la diaspora arménienne, pour empêcher 250 membres de la communauté turque – verbalisés finalement pour non-respect du couvre-feu – d’en «découdre» avec les Arméniens.

Actifs en Turquie et au sein d’une partie de la diaspora en Europe, les Loups gris sont aujourd’hui réputés proches de Recep Tayyip Erdogan, même s’ils ne sont pas porteurs d’un discours religieux marqué comme celui du président turc. La dissolution intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre France et Turquie autour de la question des musulmans de France et des caricatures du prophète Mahomet .

Un mouvement d’extrême droite, nationaliste

Ce mouvement turc a été fondé en 1968 par le colonel Alparslan Türkes. Il est à l’origine de la branche paramilitaire du MHP, parti ultranationaliste turc, aujourd’hui allié de la politique du président turc Recep Tayyip Erdogan.

« C’est un mouvement d’extrême droite turc de type fascisant, basé sur des éléments nationalistes, ethniques. L’islam est important mais plus dans une veine identitaire et nationaliste : on est turc donc musulman », précise auprès de franceinfo Jean Marcou, titulaire de la chaire Méditerranée et Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble.

A la suite de leurs dernières mobilisations, le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) avait dénoncé une « chasse aux Arméniens » et une « série d’événements visant à terroriser et intimider les citoyens français d’origine arménienne ».