Cisjordanie occupée : l’impunité continue

En Cisjordanie occupée , les oliviers brûlent, les Palestiniens saignent et les diplomates découvrent que même un drapeau européen ne protège plus des coups. Bienvenue dans un territoire où la loi semble avoir déserté les lieux, laissant le champ libre à ceux qui ont compris qu’on peut frapper, terroriser et détruire sans craindre grand-chose.

Samedi, à Taybeh, des colons israéliens s’en sont pris à un convoi diplomatique européen venu assister à la récolte des olives palestiniennes. Parmi les victimes : Bernard Baudoux, 78 ans, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, jeté à terre, roué de coups et frappé, selon son témoignage, avec des barres de fer.

Son crime ? Être présent sur une terre occupée. Témoigner, peut-être. Soutenir les Palestiniens, certainement aux yeux de ceux qui voient dans la solidarité une provocation.

Les véhicules diplomatiques français, belges et polonais étaient là. Les insignes officiels aussi. Mais face aux hommes masqués, la diplomatie s’est retrouvée réduite à regarder la violence lui fracasser le visage.
Et ce n’est pas un incident isolé.

Quelques jours plus tôt, la photographe américaine Heidi Levine, collaborant avec The Washington Post, avait été grièvement blessée par des colons alors qu’elle couvrait la récolte des olives. Un photographe de l’AFP avait également été passé à tabac la semaine précédente. Des oliveraies sont incendiées, des arbres arrachés, des agriculteurs agressés. En Cisjordanie, l’olive n’est plus seulement un fruit : elle est devenue un symbole de résistance qu’il faudrait déraciner avec ses propriétaires.

Le sinistre israélien des Affaires étrangères condamne fermement les violences, tout en reprochant aux diplomates de ne pas avoir coordonné leur déplacement avec l’armée israélienne!

Le bureau de Benjamin Netanyahu, lui, dénonce une campagne de « diffamation » contre Israël et ses colons. Tiens donc!

La mécanique est désormais bien rodée : d’abord les coups, ensuite les communiqués. D’abord les victimes, ensuite les éléments de langage. Et, pour finir, une tentative de retourner l’accusation contre ceux qui ont eu l’indécence de témoigner.

Le fait que Bernard Baudoux soit un soutien connu de la cause palestinienne est même brandi par le pouvoir israélien comme si ses convictions pouvaient atténuer la gravité de son agression. Comme si les opinions politiques d’un homme de 78 ans pouvaient justifier qu’on le frappe à coups de barre de fer.

Pendant ce temps, Netanyahu soutient une politique de colonisation que le droit international condamne. Plus de 500 000 Israéliens vivent dans les colonies de Cisjordanie, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens. Et les violences se multiplient dans un climat où, selon des organisations de défense des droits humains, les enquêtes et les poursuites contre les colons violents restent trop rares.

Depuis le 7 octobre 2023, plus de 1 100 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée, où le Hamas est absent, principalement par des soldats israéliens, selon un décompte de l’AFP fondé sur les données du ministère palestinien de la Santé. Derrière ces chiffres, il y a des familles endeuillées, des maisons menacées, des terres perdues et des oliviers qui ne donneront plus jamais de fruits.

Les condamnations, elles, fleurissent à chaque nouvel épisode.

Jean-Noël Barrot exige que les responsables soient arrêtés et traduits en justice. La Belgique condamne fermement l’attaque. Marco Rubio se dit troublé. L’ambassadeur américain réclame des poursuites. Même des responsables israéliens dénoncent ce qu’ils qualifient de terrorisme juif encouragé par le gouvernement.

Tout le monde condamne. Les mots sont graves, les déclarations solennelles, les indignations soigneusement calibrées.

Mais après ?

Où sont les sanctions concrètes ? Où sont les mesures contraignantes contre les responsables de ces violences ? Où est la pression politique et économique capable de faire comprendre que l’occupation n’autorise pas tout, que la colonisation n’est pas un permis de brutalité et que l’impunité ne saurait tenir lieu de politique publique ?

Tout le monde condamne, mais personne ne réagit vraiment.

On proteste, on déplore, on exige des enquêtes. Puis les diplomates reprennent leurs voitures, les chancelleries retournent à leurs dossiers et les communiqués sombrent dans les archives. Pendant ce temps, les colons retournent sur le terrain, les oliviers continuent de brûler et les Palestiniens restent seuls face à ceux qui leur disputent jusqu’au droit de récolter les fruits de leur propre terre.

Voilà le véritable scandale : pas seulement la violence de ceux qui frappent, mais la passivité de ceux qui pourraient agir.

Car l’impunité n’est jamais un accident. Lorsqu’elle se répète, elle devient un système. Et lorsqu’elle se nourrit du silence des puissants, elle finit par ressembler à une autorisation.

À force de tolérer l’intolérable, le silence finit par devenir une forme de complicité.

En Cisjordanie occupée , les colons frappent. Les gouvernements condamnent. Le droit international attend. Et les Palestiniens, eux, continuent de payer le prix de notre lâcheté collective.

Tarak Amira