Cisjordanie occupée : une journaliste américaine rouée de coups par des colons israéliens

Une dizaine de colons israéliens a incendié une oliveraie ce vendredi en Cisjordanie occupée. Une photojournaliste américaine présente sur place a été rouée de coups alors qu’elle couvrait la récolte des olives par les agriculteurs palestiniens.

Une nouvelle attaque de colons israéliens. Le visage masqué et vêtu de noir, un groupe d’une dizaine de personnes a incendié, vendredi 16 octobre, des oliviers et a lancé des pierres sur des Palestiniens, à Abou Falah, en Cisjordanie occupée. Ils ont blessé deux personnes, dont une photojournaliste américaine qu’ils ont rouée de coups.

Selon des témoins de Reuters, environ 80 colons, dont certains armés de bombes lacrymogènes, sont descendus d’une colline surplombant une oliveraie en terrasses où les villageois d’Abou Falah s’étaient rassemblés pour cueillir les fruits mûrs, moment fort de l’année pour ​les Palestiniens.

Les colons ‌ont pris position devant les rangées d’oliviers en terrasses. Certains d’entre eux ont ensuite utilisé des frondes ⁠pour lancer des pierres en direction des villageois, qui se sont repliés vers le pied de la colline avant de lancer des pierres pour se défendre, selon les témoins.

« Les colons veulent nous ‌attaquer et nous chasser de nos maisons », a déclaré Moutaz Abdelhadi, 42 ans, un agriculteur présent lors ⁠de l’attaque.

Pendant les affrontements, au moins deux véhicules militaires israéliens ont surgi et traversé la zone à toute vitesse, soulevant des nuages de poussière et obligeant les villageois à s’écarter de leur trajectoire.

L’attaque s’est poursuivie après l’arrivée des militaires, les soldats ​israéliens tirant des gaz lacrymogènes en direction des Palestiniens qui avaient échappé aux véhicules arrivés à toute vitesse.

Des ‌coups de feu ont également retenti dans la zone, et un photographe de Reuters a vu au moins un colon armé tirer avec une arme à feu.

L’armée israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaire dans l’immédiat.

Des secouristes palestiniens ont précisé que deux personnes ont été blessées et ‌transportées vers des hôpitaux de la région de Ramallah.

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Une photojournaliste rouée de coups

Heidi Levine couvrait la récolte des olives des agriculteurs palestiniens près des villages de Turmus Ayya et de Khirbet Abu Falah.

« Soudain, j’ai vu plus de 50 hommes masqués (…) Ils tenaient des bâtons en bois (…) et je crois aussi (des barres) de fer. Et puis, d’un coup, ils m’ont attaquée », a raconté la photojournaliste expérimentée travaillant pour le Washington Post à des journalistes, dont un de l’AFP, depuis le lit d’un hôpital à Ramallah où elle a été transportée. Sa main gauche était enroulée dans un épais bandage.

« J’avais une sacoche avec mon téléphone, et tout a fini par m’être arraché. Ensuite, ils ont essayé de me mettre debout, juste pour me refaire tomber et continuer à me donner des coups de pied », a-t-elle dit.

La journaliste, qui travaille au Moyen-Orient depuis des décennies et a couvert plusieurs guerres, a expliqué s’être identifiée comme journaliste mais aussi comme « mère » pour tenter de calmer les assaillants.

« Heureusement, j’avais mon casque et mon gilet pare-balles », a-t-elle poursuivi. Le Washington Post a souligné qu’elle était clairement identifiée comme journaliste avec un gilet pare-balles portant la mention « Presse » devant et derrière.

L’AFP n’a pas assisté au moment de l’attaque, mais un de ses journalistes à Turmus Ayya a vu des secouristes palestiniens s’affairer autour d’une personne au sol, tandis que des soldats israéliens repoussaient les médias.

Dans un communiqué, l’armée a dit être intervenue, avertie d' »un affrontement violent », confirmant qu’une « journaliste a été blessée pendant l’incident ».

L’ambassade des États-Unis en Israël a dit être au courant des informations de presse sur cette attaque. « Nous n’avons pas de responsabilité plus importante que celle de protéger les citoyens américains », a assuré un porte-parole, sans d’autres commentaires.

Début octobre, des colons avaient roué de coups un photographe de l’AFP effectuant un reportage sur la récolte.

L’agression contre Heidi Levine intervient alors que les attaques de colons se multiplient à l’occasion de la récolte des olives en Cisjordanie occupée depuis 1967.

Multiples attaques contre les Palestiniens

La violence des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée a connu une forte recrudescence ces derniers mois, avec au moins 170 attaques recensées depuis le 27 septembre, date correspondant approximativement au début de la récolte annuelle des olives, ​selon Yesh Din, une organisation israélienne de surveillance des colonies.

Les colons sont galvanisés par le gouvernement de droite du Premier ministre Benjamin ​Netanyahu, qui a supervisé une expansion rapide des colonies et des avant-postes de moindre envergure à travers ​la Cisjordanie.

Benjamin Netanyahu a critiqué les violences des colons, mais n’a pris que peu de mesures pour réprimer ces incidents qui ont suscité la condamnation internationale et des projets de sanctions de la ​part d’alliés de longue date d’Israël, dont le Royaume-Uni.

Environ 500 000 colons israéliens sont présents en Cisjordanie et au moins trois millions de Palestiniens y vivent.

Les Nations unies et la plupart des pays considèrent ces colonies comme illégales au regard du droit international relatif aux occupations militaires. Israël rejette cette position, estimant que ce territoire est contesté plutôt qu’occupé.

L’attaque d’Abou Falah fait suite à un incident similaire survenu vendredi matin dans la région du ⁠village de Turmus Ayya, où des colons ont incendié trois voitures après s’en être pris à un groupe d’agriculteurs qui récoltaient des olives.

Salah Abu Niswa, témoin de l’attaque ⁠à Turmus Ayya, a raconté ​que les colons « se sont faufilés comme des voleurs, ils ont attrapé quelqu’un qui était seul et ont commencé à le frapper ».

Plus largement, les violences ont explosé en Cisjordanie depuis le début de la guerre à Gaza en 2023, avec des attaques quasi quotidiennes de colons juifs contre des Palestiniens.

Plusieurs journalistes palestiniens et étrangers y ont aussi été attaqués. En juillet, une équipe de la chaîne américaine CNN avait été agressée par des colons près de Ramallah.

Avec AFP et Reuters