Naza, réalisé par Rachel Szor et Yuval Abraham, dénonce les crimes commis contre les civils à Gaza par l’armée israélienne. « Naza » signifie d’ailleurs « dommages collatéraux » dans le jargon militaire israélien. Ce documentaire avait embrasé la Mostra de Venise, le grand festival du film en Italie, en septembre dernier, mais avait obtenu 25 minutes de standing ovation et un Prix spécial du jury.
Le choc que l’on reçoit en découvrant Naza tient d’abord au fait que ce sont des soldats israéliens qui s’expriment. Vingt-quatre militaires, issus d’unités d’élite, filmés de nuit sur des toits de Tel-Aviv, visages cachés. Ils décrivent les méthodes utilisées par les forces armées israéliennes à Gaza pour localiser les cibles et évaluer les risques de dégâts collatéraux.
Les deux réalisateurs de Naza, Rachel Szor et Yuval Abraham, disent qu’ils veulent briser le mur du silence alors que plus de 73 000 Palestiniens ont été tués depuis les attaques du 7 octobre 2023. Naza, c’est donc quatre-vingts minutes glaçantes où l’on voit un massacre et ses modalités, raconté par ceux qui le commettent, au moment même où ils le commettent.
Naza arrive exceptionnellement en salles dans 50 pays du monde, y compris la France, ces 12 et 13 octobre avant une diffusion en ligne. Il pourra être visionné gratuitement en novembre sur le site du Guardian.
« Nous voulons que le monde entier voie ce film »
Et pour Yuval Abraham, interviewé par le quotidien britannique, cette diffusion mondiale est un impératif moral : « Bien sûr, nous voulons que le monde entier voie ce film. Mais ceux qui ont le plus besoin de le voir, ce sont les Israéliens, les Américains qui financent tout cela, les Allemands, tant d’Européens qui contribuent aux rapports de force permettant que cela continue, que les tueries à Gaza continuent. Donald Trump parle d’envoyer encore plus d’armes à Israël, sans conditions. Nous avons le devoir, surtout comme citoyens du pays qui fait cela, de tout faire pour aider ceux qui s’efforcent d’y mettre fin. »
Le film a provoqué en Israël des réactions hostiles de la part des autorités. Le gouvernement veut déchoir de leur nationalité israélienne les deux réalisateurs pour « trahison ». Benyamin Netanyahu , qui demande d’ouvrir une enquête , a comparé la production du film à des « dizaines de missiles » tirés sur Israël. Quant à l’armée, sans surprises, elle dément les accusations du film.
Pour l’instant, aucune salle en Israël n’a accepté de le diffuser. Sans doute, par crainte des représailles. Sans oublier, sur les réseaux, une campagne de désinformation avec un faux documentaire Naza, dans le but évident de créer la confusion.

