La vive réaction face au crime atroce commis contre l’adolescente de 15 ans à Mellassine met en lumière une profonde impasse tunisienne. Devant l’horreur du viol collectif, l’indignation légitime a instantanément cédé la place à une frénésie collective. En réclamant massivement la peine de mort et le retour au qassas (la loi du Talion), tout en clouant au pilori les défenseurs des droits de l’Homme, une large part de l’opinion a plébiscité la logique de la vendetta au détriment des principes qui devraient régir un État de droit.
Ce passage immédiat du drame au lynchage public et à l’intimidation des voix dissonantes prouve que les élans archaïques et les pulsions passionnelles étouffent le débat public, reléguant nos comportements à ceux de sociétés sous-développées aux moeurs frustes et non policées. Pour qu’une démocratie s’enracine, elle exige des citoyens une maturité politique capable de plier la colère émotive devant les principes fondamentaux de la justice. Tant que le débat de société sera dicté par des tribunaux populaires et des élans punitifs, par la soif de vengeance, l’avènement d’une culture démocratique solide et sereine demeurera un vœu pieux.
Pierrot LeFou

