Quand l’Elysée vaut bien quelques renoncements

On croyait naïvement qu’une ambition présidentielle s’ouvrait sur une certaine idée de la France.

Celle de Bruno Retailleau commence plus prosaïquement : sur un tarmac de Tel-Aviv.

Invité par des réseaux d’influence pro-israéliens, le président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur s’est offert une escapade soigneusement médiatisée. Pas vraiment une visite diplomatique. Plutôt un casting. Le décor est planté, les caméras tournent, les uniformes donnent la profondeur de champ. Et derrière cette chorégraphie, une candidature cherche déjà son angle.

Le clou du spectacle ?

Saluer, sourire aux lèvres et posture martiale, des soldats franco-israéliens engagés dans les rangs d’une armée accusée de graves violations du droit international, jusqu’à des crimes de guerre et un génocide à Gaza.

Pour l’ancien cavalier du Puy du Fou, la scénographie semble parfaitement maîtrisée. Même lorsque le décor est celui d’une catastrophe humaine, les codes restent ceux du spectacle : les morts en arrière-plan, les uniformes au premier plan, et la politique au centre du cadre.

Puis vient le verrouillage sémantique.

Retailleau explique que l’emploi du mot « génocide » reviendrait à excuser les atrocités du Hamas.

Magnifique tour de passe-passe.

Il suffit donc d’invoquer le 7 octobre pour tenter de disqualifier les mots qui décrivent une autre tragédie.

Le raisonnement tient sur une ficelle : condamner le Hamas deviendrait la condition préalable pour avoir le droit de regarder Gaza. Comme si le droit international fonctionnait avec des options à la carte.

Le procédé est vieux comme la propagande : fabriquer un faux dilemme, distribuer les bons et les mauvais points, puis transformer toute objection en faute morale.

Derrière la cravate, le ton grave et le verbe corseté, le mécanisme finit pourtant par apparaître.

Pas une vision, une stratégie.

Des convictions ajustées au contexte, des alliances choisies avec précision, une posture calibrée pour le prochain scrutin. Tout semble avoir été pesé, sauf peut-être le prix moral de l’opération.

La France mériterait mieux qu’une ambition présidentielle obligée d’aller chercher son éclairage à l’étranger, surtout chez les génocidaires.

Mais les principes ont un défaut rédhibitoire en politique : ils ne garantissent aucune victoire.

Les fidélités de circonstance, elles, connaissent parfaitement le calendrier électoral.

Alors on change de décor, on soigne ses alliances et l’on avance.

La conscience peut toujours attendre.

L’Élysée, beaucoup moins.
Et lorsqu’un candidat choisit son camp avant même de choisir sa conscience, une question finit par s’imposer :

combien coûte une certaine idée de la France lorsque, pour parvenir jusqu’à l’Élysée, il suffit de savoir où poser son sourire, où serrer les mains et surtout où ne pas regarder ?

Tarak Amira

Avec le président israélien