Primaire socialiste : le PS ouvre les portes puis s’étonne de ne plus être seul à voter

Il fallait y penser : pour savoir qui représentera les socialistes, pourquoi se contenter des socialistes ? Autant ouvrir les portes, dérouler le tapis rouge aux sympathisants de passage et laisser des électeurs qui ne sont même pas membres du PS décider de l’avenir d’un parti auquel ils n’appartiennent pas.

Le procédé a quelque chose d’une farce politique. Imaginez une copropriété dans laquelle les propriétaires seraient invités à élire leur syndic, mais où n’importe quel passant pourrait entrer dans l’immeuble, glisser un bulletin dans l’urne et repartir sans même avoir à payer les charges. À la fin, les propriétaires découvriraient le nom de leur nouveau syndic et seraient priés de respecter le verdict de la démocratie.

C’est pourtant le paradoxe de cette primaire : le PS prétend désigner son candidat, mais il accepte que le choix échappe en partie à ceux qui font vivre le parti.

Bien sûr, une primaire ouverte peut se défendre au nom du rassemblement. Mais le rassemblement est une chose ; la dilution de la volonté militante en est une autre. Lorsqu’on mélange les voix de ceux qui adhèrent à un parti avec celles de personnes qui n’en sont pas membres, on ne mesure plus uniquement la confiance des socialistes envers leur candidat. On mesure aussi la capacité de mobilisation de gens qui ne partagent pas nécessairement leur engagement, leurs priorités ou leur fidélité.

Et c’est là que le mécanisme devient particulièrement pervers : il suffit qu’un candidat mobilise efficacement des électeurs extérieurs pour que le choix final ne reflète plus nécessairement celui des militants socialistes. Ce n’est pas la preuve que le scrutin est truqué. C’est plus subtil : on modifie les règles du jeu de telle sorte que le parti ne maîtrise plus entièrement le choix de son propre représentant.

Le PS semble ainsi confondre deux ambitions distinctes : désigner son candidat et organiser un concours de popularité à l’échelle de la gauche. Or ce n’est pas la même chose. Si l’objectif est de choisir le candidat de toute la gauche, qu’on l’assume. Si l’objectif est de choisir le candidat socialiste, que l’on commence par demander aux socialistes.

À force de vouloir élargir son électorat avant même d’avoir clarifié son identité, le Parti socialiste prend le risque de transformer ses militants en figurants de leur propre histoire. Ils paient les cotisations, distribuent les tracts, défendent les couleurs du parti… puis découvrent que le choix décisif peut aussi se jouer entre les mains de personnes qui ne l’ont jamais rejoint.

La scène est presque cruelle : un parti qui cherche désespérément à retrouver son poids politique accepte de céder une partie du contrôle de son avenir pour donner à son candidat une légitimité plus large.

Le PS veut un candidat socialiste choisi par le plus grand nombre. Mais à trop vouloir élargir le cercle des décideurs, il risque de finir par demander aux socialistes eux-mêmes la permission d’applaudir le résultat.
Et voici le petit bijou de cette comédie socialiste : Raphaël Glucksmann, qui n’est même pas membre du PS, pourrait bien devenir le symbole d’un parti qui ne sait plus choisir son propre candidat. À quoi bon des décennies d’adhésions, des cotisations et des congrès, quand il suffit d’ouvrir les portes pour que d’autres viennent désigner le patron ?

Je n’ai aucune affinité avec ce Glucksmann. Il semble avoir développé une allergie assez spectaculaire au mot « génocide ». À croire que les syllabes lui brûlent la langue, tandis que les crimes, eux, peuvent continuer à brûler les corps en toute tranquillité. Il y a des silences qui en disent long. Apparemment, certains mots sont plus insupportables que les crimes qu’ils désignent.

Le PS voulait élargir sa base, il risque surtout de rétrécir son identité. À ce rythme, le prochain premier secrétaire sera peut-être choisi par les électeurs de droite, et les militants socialistes pourront assister au dépouillement depuis le trottoir.

Le PS ne meurt pas : il s’auto-dissout avec une telle lenteur que ses dirigeants peuvent encore se disputer la direction des pompes funèbres; les funérailles du parti risquent de se décider sans ses propres militants.

Tarak Amira