Mohamed Al-Dura : l’image qui ne meurt pas

Il y a des images que le temps finit par effacer.

Et puis il y a celles qu’il est incapable d’enterrer.

Le 30 septembre 2000, à Gaza, les caméras de France 2 enregistrent une scène qui va traverser les frontières, les gouvernements et les années : un père, Jamal al-Dura, et son fils Mohamed, réfugiés derrière un bloc de béton sous les tirs.

Le père est blessé, l’enfant est contre lui.

Il essaie de le protéger avec ce qu’il lui reste : son corps.

Autour d’eux, les balles frappent le béton. Le petit garçon se recroqueville. Le père vacille. Puis l’image se fige dans la mémoire collective.

Mohammed a douze ans.

Douze ans.
L’âge où l’on devrait apprendre à grandir, pas à mourir derrière un morceau de béton.

La séquence fera le tour du monde. Elle deviendra l’un des symboles les plus puissants de la seconde Intifada et du conflit israélo-palestinien. Les circonstances exactes de la mort de Mohammed feront ensuite l’objet de controverses indignes.

Mais l’image, elle, ne disparaîtra jamais.

Parce qu’elle raconte quelque chose de plus vaste qu’une seule mort.

Elle raconte un enfant coincé entre un père blessé et une pluie de balles.

Elle raconte l’impuissance.

Elle raconte la guerre lorsqu’elle descend jusqu’au niveau d’un enfant.

Et surtout, elle rappelle une chose que certains préfèrent souvent oublier : la violence contre les Palestiniens ne commence pas en 2023.

Elle plonge ses racines bien plus loin.

Des décennies d’occupation, de déplacements, de colonies, de blocus, de répression et de morts ont précédé l’effondrement de Gaza sous les bombes sionistes.

Puis 2023 est arrivé.

Et l’histoire semble avoir décidé de répéter son crime à une échelle industrielle.

Des enfants sous les gravats, des pères qui cherchent leurs fils, des mères qui portent des corps trop petits, des survivants qui grandissent avec des cicatrices que personne ne voit.

Mohamed Al-Dura n’est donc pas seulement le nom d’un enfant mort dans une guerre.
Il est devenu le visage d’une question que les décennies n’ont jamais réussi à étouffer :
combien d’enfants faudra-t-il encore filmer en train de mourir avant que le monde cesse de regarder la tragédie comme une simple image ?

Parce qu’une image peut disparaître des écrans, pas de la mémoire.
Et elle revient, chaque fois qu’un autre enfant se retrouve derrière un mur, sous les balles, avec pour seule protection le corps de son père.

Et depuis Mohamed Al-Dura, le scénario n’a cessé de se répéter : un enfant, un mur, des balles, un père qui tente de faire de son propre corps un dernier rempart.

Vingt-cinq ans plus tard, les images sont devenues plus nombreuses. Les enfants aussi.
Ce qui a changé, ce n’est pas la violence, c’est son échelle et notre capacité à la regarder sans détourner les yeux.

Mohamed Al-Dura avait douze ans.
Il est mort derrière un bloc de béton.

Depuis, l’Histoire a produit des milliers d’autres enfants derrière des blocs de béton, des murs effondrés et des gravats.

Le crime sioniste, lui, a changé de décor, pas de méthode.

Tarak Amira