Marrakech , tapis rouge et poudre à canon

Je sais que quelques nationalistes marocains vont sortir l’artillerie lourde, dégoupiller leur indignation et me tomber dessus à bras raccourcis. Qu’ils se rassurent : j’ai l’habitude des tirs de barrage, surtout quand la vérité dérange les consciences en uniforme.

Le palais a choisi son camp, dans le confort feutré des alliances et des compromissions. Mais dans la rue marocaine, le verdict est tout autre : la Palestine a gagné les cœurs. Et malgré les matraques, les arrestations et la répression, le peuple continue de le crier. Parce qu’on peut bâillonner une rue, disperser une foule, terroriser des voix… mais on ne décrète pas le silence d’une conscience.

Donc, certaines poignées de main en disent plus long que mille discours : elles révèlent ce que la diplomatie s’évertue à dissimuler.

À Marrakech, pour la première fois, une délégation de l’armée de l’air israélienne a fait son entrée au salon militaire, accueillie avec les égards dus aux invités de marque par les hautes instances des Forces armées royales marocaines.

Depuis la normalisation de 2020, le Maroc et Israël entretiennent une relation que Gaza, ses ruines et ses charniers n’auront visiblement pas suffi à ébranler. Mieux : depuis 2023, Rabat aurait acquis pour près de 2 milliards de dollars d’équipements militaires israéliens. Quand les bombes pleuvent sur Gaza, les contrats, eux, continuent de tomber à l’abri des parapheurs.

La diplomatie a ses mystères, mais le commerce des armes a le mérite de la clarté : les principes se proclament en public, les affaires se concluent à huis clos.

À Marrakech, il n’y avait peut-être pas de bombes à exposer sur les stands. Seulement des poignées de main, des uniformes impeccables et des contrats bien ficelés. L’horreur, après tout, n’a pas besoin d’être invitée pour que les affaires continuent.

À Gaza, on enterre les morts. À Marrakech, on enterre les scrupules. Les premiers n’ont plus rien à perdre. Les seconds ont des contrats à signer.

Les uns creusent des tombes, les autres creusent des marges. Et pendant que les premiers comptent leurs morts, les seconds comptent leurs milliards. La morale est sauve : elle n’était pas conviée. Seuls les marchands de mort avaient reçu une invitation.

Tarak Amira

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