Flagellation de Raïf Badawi: Arabie saoudite et «Daech », c’est du pareil au même

raif  badaoui fouetté en arabie saouditePar Habib Trabelsi

«Il est interdit de photographier ! Les contrevenants seront sévèrement punis ! », hurle à l’adresse des badauds l’officier de la police chargé de superviser, après la prière du vendredi dernier devant des centaines de fidèles badauds dans la ville portuaire de Djeddah, la flagellation du blogueur Raïf Badawi pour avoir « insulté l’islam ».

Emprisonné en 2012, l’animateur du site internet Libéral Saudi Network et lauréat 2014 du prix Reporters sans frontières (RSF), Raïf Badawi (30 ans) avait été condamné en novembre à dix ans de prison, un million de rials (environ 226 000 euros) d’amende et 1.000 coups de fouet, répartis sur 20 semaines.

«Interdit de photographier ? Est-ce par peur de voir leur barbarie, qui n’a rien à envier à celle de Daech (acronyme en arabe de l’Etat islamique en Irak et au Levant) étalée devant le monde entier ?», s’interroge ‘Faisal Khalid’, dont les propos sont rapportés par l’un des nombreux enregistrements circulant, malgré tout, sur le Net.

«Les sentences appliquées en Arabie saoudite, comme les décapitations, les amputations et les flagellations, dénotent l’ampleur de l’idéologie daéchite et talibanesque que nous endurons au quotidien», répond Faisal.

Il est aussitôt pris à partie par de nombreux internautes.

Selon eux, Raïf Badawi, « ce libéral », « ce fils de chien », « cet efféminé », « cet apostat»…, «mérite mille coups de fouet d’un trait ! ». « Il faut lui trancher le cou et lui séparer la tête du tronc pour qu’il serve d’exemple », suggère même ‘Ibrahim Hasan’.

«Ce verdict est inhumain et n’a rien à voir avec la charia (loi islamique). Ils cherchent seulement à nous terroriser. Raïf n’a fait qu’exercer sa liberté d’expression et de religion », proteste ‘Abdulaziz Alwagdani’.

Quarante-huit heures auparavant, l’Arabie avait pourtant condamné l’attaque contre le siège de l’hebdomadaire français «Charlie Hebdo», également chantre de la liberté d’expression.

Mais les dirigeants du royaume, berceau du wahhabisme (version rigoriste de l’islam), étaient restés sourds à la campagne de mobilisation planétaire en faveur de Raïf Badawi.

Même le Département d’État américain s’était insurgé, la veille de la flagellation, dans un communiqué contre une « punition inhumaine », et appelé Ryad à annuler « cette punition brutale et à réexaminer le dossier de Badawi et sa condamnation ».

Des appels similaires en faveur de Waleed Abu Al-Khair, fondateur de l’Observatoire saoudien des droits humains, et de l’activiste Mukhlif Al-Shammari, condamnés respectivement à des peines de quinze et cinq ans d’emprisonnement pour avoir informé sur la situation des droits de l’homme en Arabie saoudite et dénoncé les multiples violations, sont restés lettre-morte.

Mais ce n’était que des vœux pieux dans ce jeu avec les pétro-monarques saoudiens.

Toujours aux cris d' »Allaahou Akbar »