Le Congrès américain a demandé au ministère de la Justice de rendre public dans les 30 jours le dossier judiciaire lié au défunt criminel sexuel Jeffrey Epstein. Certaines informations pourraient toutefois être censurées.
La bombe à retardement Epstein va-t-elle finir par exploser? Le Congrès américain a approuvé mardi une proposition de loi visant à contraindre le gouvernement à rendre public le dossier judiciaire sur le criminel sexuel, mort en prison en 2019 avant son procès.
Adoptée à 427 voix pour et 1 contre à la Chambre, puis approuvée à l’unanimité au Sénat, la loi ordonne au ministère de la Justice « de publier tous les documents et archives » en sa possession concernant le financier new-yorkais. Donald Trump a maintenant dix jours pour la promulguer, comme il s’est engagé à le faire.
Le président américain avait milité pendant des mois contre la tenue ce vote aux conséquences potentiellement embarrassantes pour lui, alors que les révélations sur ses liens d’amitié avec Jeffrey Epstein se multiplient. Sous pression d’une partie de sa base militante et d’élus républicains, il s’est finalement résolu à soutenir le texte du bout des lèvres.
Premières révélations parcellaires
Proche de Jeffrey Epstein de la fin des années 1980 jusqu’à leur brouille au début des années 2000, Donald Trump avait durant sa campagne promis des révélations fracassantes sur les « complices » du criminel sexuel, avant de verrouiller une large partie du dossier une fois arrivé au pouvoir.
En février, sa ministre de la Justice Pam Bondi a procédé à une première déclassification de documents, mais ces derniers ne contenaient aucune révélation majeure. Puis en juillet, un memorandum conjoint du ministère de la Justice et du FBI, la police fédérale, a conclu qu’il n’existait ni « liste de clients » du réseau d’exploitation sexuelle du financier américain ni « preuves crédibles qu’il aurait fait chanter des personnes puissantes ».
Ces annonces de l’administration américaine ont suscité la colère jusque dans le mouvement « MAGA » (Make America Great Again) fidèle à Donald Trump, dont une bonne partie est convaincue que Jeffrey Epstein a été assassiné pour étouffer un scandale éclaboussant des personnalités de premier plan.
Des passages caviardés?
Le texte voté au Congrès ordonne au ministère de la Justice de rendre publics dans les 30 jours l’intégralité des documents non classifiés en sa possession sur Jeffrey Epstein, sa compagne et complice Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de vingt ans de prison, et toutes les personnes impliquées dans les procédures judiciaires.
Il s’agit notamment des documents sur les procédures qui ont conduit à sa condamnation en 2008 en Floride ainsi qu’à son inculpation fédérale à New York pour des accusations plus graves d’exploitation sexuelle de mineures. Sont également concernées toutes les entités, privées ou publiques, liées aux activités de Jeffrey Epstein, y compris non criminelles, ainsi que les plans de vol, listes de passagers, etc.
La nature exacte des informations qui seront rendues publique fait encore l’objet d’interrogations. Certes, la proposition de loi interdit expressément toute rétention de documents au motif du tort que leur publication pourrait causer à qui que ce soit – « responsable gouvernemental, personnalité publique ou dignitaire étranger » – ou de leur « caractère politiquement sensible ». Mais elle autorise le ministère de la Justice à retenir ou caviarder les documents dans certaines conditions, notamment préserver l’intimité des victimes ou « une enquête ou des poursuites fédérales en cours », du moment que ces restrictions sont provisoires et strictement encadrées.
Contre-feu de Donald Trump
Or, Donald Trump a ordonné à sa ministre de la Justice, qui s’est immédiatement exécutée, d’ouvrir une enquête sur la relation entre Jeffrey Epstein et certaines personnalités démocrates, dont l’ex-président Bill Clinton. Une décision qui pourrait donc lui permettre de ralentir ou de limiter la publication de certains documents, souligne la BBC.
Selon le texte voté, le ministère de la Justice doit « au plus tard 15 jours après la publication requise, communiquer au Congrès toutes les catégories d’informations divulguées et non divulguées, un résumé de toutes les expurgations effectuées et une liste de tous les fonctionnaires et personnes politiquement exposées nommés ou mentionnés dans les documents publiés ».
L’élue républicaine Marjorie Taylor Greene, à qui Donald Trump a publiquement retiré son soutien en raison de ses critiques sur sa gestion du dossier Epstein, a exprimé son scepticisme ce mardi, lors d’un rassemblement aux côtés de victimes de Jeffrey Epstein.
Selon cette figure de la mouvance « MAGA », après le Congrès, « le vrai test sera: est-ce que le ministère de la Justice publiera les documents? Ou est-ce qu’ils resteront ligotés par ces enquêtes? »

