Elections législatives sous les bombes en Syrie

En Syrie, des élections législatives ont lieu ce lundi 7 mai . Plus de 7000 candidats se présentent pour briguer les quelque 250 sièges du Parlement. Quelle valeur accorder à ce scrutin alors que les violences continuent dans le pays ? Les villes de Damas et Alep ont connu plusieurs attentats à la bombe et selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, onze personnes ont été tuées dimanche 6 mai.

Les autorités syriennes ont promis des élections libres et transparentes. Ce seront en tous cas les premières à être officiellement multipartites. En février dernier, les Syriens ont en effet voté, par référendum, la fin de la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi siècle.

Le ministre syrien de l’Information, Adnane Mahmoud, a affirmé dimanche que ces législatives constituaient un « défi à la guerre terroriste » contre la Syrie.

« En participant aux législatives, les Syriens défient la campagne de terrorisme et d’agression menée par des parties internationales et régionales, impliquées dans une guerre terroriste contre le pays », a assuré le ministre dans un communiqué, qualifiant le scrutin d’opération démocratique ».

Damas ne reconnaît pas l’ampleur de la révolte et assimile la rébellion à du « terrorisme » et à un « complot » financé par des parties étrangères.

Au moment où régime et opposition s’accusent mutuellement d’être derrière la multiplication des attentats à la bombe à Damas et à Alep, les autorités ont assuré avoir pris toutes les mesures nécessaires « pour empêcher tout dérapage de la sécurité qui influerait sur le processus électoral ».

Au coeur de Damas, à l’entrée du bureau de vote place Sabaa Bahrat, des partisans de candidats distribuaient des bulletins de vote en appelant à élire leur favori.

« Ces élections apporteront une réponse définitive à la crise », a estimé Chahba Karim, 18 ans. « Je vote car je soutiens les réformes, mais il faut que les députés s’attaquent en priorité au chômage pour que les jeunes Syriens n’émigrent pas », a-t-elle ajouté en sortant de l’isoloir.

« Il faut que les élections soient crédibles et que les gens participent pour montrer qu’ils sont concernés par la crise, c’est ainsi que l’on trouvera une solution », a assuré Laith al-Allaj, étudiant de 22 ans.

Des élections qualifiées de «mascarade» par l’opposition

Pourtant, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer ces élections législatives. Les nouveaux partis créés ne seraient que des marionnettes du régime. Et puis le contexte sécuritaire complique le processus électoral.

Qui va oser sortir pour voter alors que les combats continuent entre l’armée et l’opposition ? En outre de nombreux Syriens ont quitté leur domicile, pour fuir les violences. Environ 65 000 Syriens auraient quitté leur pays et se seraient réfugiés notamment en Turquie. Le Premier ministre turc a rendu visite aux réfugiés syriens du camp frontalier de Kilis, dimanche 6 mai.
L’opposition dénonce une farce, et boycotte le scrutin. La communauté internationale n’est pas en reste. Ainsi Washington réaffirme le besoin urgent de transition politique en Syrie et juge la tenue de ces élections législatives «ridicule» compte tenu du contexte.