La CIA admet : «Nous avons envoyé Nelson Mandela en prison»

mandela prison ciaDonald Rickard, ancien agent américain et vice-consul à Durban à l’époque des faits, a révélé dans un enregistrement du film « Mandela’s Gun », deux semaines avant de mourir, le rôle qu’il a joué dans l’arrestation du leader sud-africain Nelson Mandela en 1992.

En 1962, lorsque Nelson Mandela a été arrêté et emprisonné pendant près de 28 ans, Donald Rickard était vice-consul américain à Durban. Il a démissionné de la CIA en 1978 et passé le reste de sa vie aux Etats-Unis, dans le Colorado. Il a fait ces révélations en mars dernier, deux semaines avant de mourir, au réalisateur britannique qui les a enregistrées alors qu’il travaillait sur son film Mandela’s Gun, rapporte , ce dimanche sous le titre : « CIA admits: We sent Mandela to jail » , le journal britannique The Sunday Times

L’ancien agent de la CIA a affirmé au réalisateur britannique John Irvin avoir joué un rôle-clé dans l’arrestation en 1962 de Nelson Mandela en communiquant à la police sud-africaine des détails sur ses déplacements, rapporte le journal

Un article de James Sanders, qui dit que John Irvin lui a demandé d’enquêter sur ces éléments, rapporte que le réalisateur s’est rendu aux Etats-Unis en début d’année pour interviewer Donald Rickard.

Agé de 88 ans, l’ex-agent de la CIA a divulgué pour la première fois les détails de l’opération secrète des Etats-Unis. Il avoue ne pas regretter d’avoir participé à l’arrestation de celui qui allait devenir l’icône de la lutte contre l’apartheid, soulignant que Nelson Mandela était à l’époque «le communiste le plus dangereux du monde entier en dehors de l’Union soviétique» et que l’agence considérait qu’il était une marionnette de l’URSS.

«Il aurait pu provoquer une guerre en Afrique du Sud, les Etats-Unis auraient dû s’y impliquer à contrecœur et les choses auraient pu mal tourner. Nous étions au bord du gouffre», a expliqué Donald Rickard, ajoutant qu’il «fallait que ça cesse, ce qui signifiait que Mandela devait être arrêté».

L’ex-agent a alors expliqué au réalisateur la façon dont Nelson Mandela a été arrêté alors qu’il avait quitté Johannesbourg pour se rendre à Durban, sans préciser comment il était au courant de ses déplacements.

«J’ai mis un terme à cela», a-t-il souligné en précisant qu’il avait fourni à la police sud-africaine des détails sur les déplacements de Nelson Mandela pour qu’elle puisse l’arrêter. «J’ai découvert quand il descendait [à Durban] et comment il s’y rendait […] C’est sur ce point que j’ai été impliqué et c’est là où Mandela a été attrapé», a raconté Donald Rickard.

Nelson Mandela, alors dirigeant de la branche militaire du Congrès national africain (ANC-parti anti-apartheid au pouvoir en Afrique du Sud depuis les premières élections post-apartheid en 1994), a été arrêté le 5 août 1962 et condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il a été libéré en 1990, avant de devenir président de l’Afrique du Sud de 1994 à 1999. Il est décédé en 2013 à l’âge de 95 ans.

Le film Mandela’s Gun de John Irvin doit être présenté cette semaine à Cannes où se déroule le Festival du film, indique l’agence AFP.

En 1990, un ancien responsable de l’appareil de renseignement sud-africain, Gerard Ludi, avait déclaré que la CIA avait contribué à l’arrestation de Nelson Mandela, mais l’agence américaine avait refusé de commenter ces affirmations comme de publier des documents concernant le leader de la lutte contre l’apartheid. En 2014, un étudiant en doctorat à l’Institut de Technologie du Massachusetts (MIT), Ryan Shapiro, avait porté plainte contre la CIA pour pouvoir accéder à ces documents, mais la justice ne lui a pas donné raison.

Interrogé dimanche par la presse, l’actuel porte-parole de l’ANC, Zizi Kodwa, a qualifié d' »accusation grave » les allégations de Donald Rickard, tout en affirmant qu’il n’y voyait rien de nouveau.

« Nous avons toujours su que certains pays occidentaux collaboraient avec le régime de l’apartheid », a déclaré M. Kodwa. Selon le porte-parole, bien que cet incident ait eu lieu des années auparavant, la CIA interfère toujours dans les affaires politiques de l’Afrique du Sud, a-t-il accusé.

« Nous avons récemment noté qu’on tente toujours de faire du tort au gouvernement de l’ANC, élu démocratiquement », a affirmé le porte-parole. « Cela se produit encore de nos jours; la CIA collabore toujours avec ceux qui veulent un changement de régime », a encore accusé le politicien.