La France au garde-à-vous devant les barils

Macron a annoncé l’envoi de « moyens militaires » en Arabie saoudite : soldats, radars, systèmes de défense et, si nécessaire, des Rafale pour protéger Yanbu, l’un des principaux terminaux pétroliers du royaume wahabite sur la mer Rouge.

Officiellement, la France ne s’engage pas dans la guerre entre Riyad et les Houthis. Elle protège simplement un terminal pétrolier.

Nuance diplomatique : on ne fait pas la guerre, on sécurise le pétrole.

Et si Yanbu retrouve le calme, nous dit le président, le prix à la pompe pourrait baisser « immédiatement ». Voilà donc une nouvelle fonction de l’armée française : défendre la paix… et, accessoirement, notre plein d’essence.

Macron évoque également des discussions avec l’Iran et Oman pour rouvrir le détroit d’Ormuz, autre artère vitale du pétrole mondial.

Tout cela au nom de la stabilité.

Il y a pourtant un détail que la grande mécanique diplomatique semble avoir oublié : la France n’a aucun accord de défense avec l’Arabie saoudite.

En revanche, elle en a un avec le Liban.

D’aucuns objecteront qu’il ne s’agit que d’un accord de coopération dans le domaine de la défense.
Soit.

Mais c’est curieux : lorsqu’il s’agit du Liban, les soldats, les radars et les Rafale restent au vestiaire.

Deux pays. Deux accords. Deux traitements.

Au Liban, la France est liée par un accord de défense, mais elle regarde ailleurs.

Car, manifestement, certains traités ont la délicatesse de ne pas contenir assez de pétrole pour justifier qu’on les lise jusqu’au bout.

En Arabie saoudite, aucun traité de défense ne l’oblige à intervenir.

Mais, miracle de la géopolitique, les soldats apparaissent, les radars sortent des hangars et quelques Rafale pourraient même prendre l’air.

Quand il s’agit de protéger le pétrole, la France retrouve toujours quelques ressources.

Cela vaut bien un ou deux parcs d’attractions : certains manèges tournent au kérosène.

Il faut croire que certains engagements internationaux ont une valeur juridique.

Et que d’autres ont surtout une valeur à la pompe.

La France ne choisit donc pas vraiment où elle défend ses alliés, elle choisit surtout où ses intérêts ont le bon goût de couler noir, visqueux et rentable.

Le droit international peut attendre; le pétrole, lui, a surtout l’avantage de parler couramment français.

Et quand les intérêts deviennent suffisamment juteux, la morale ferme les yeux. Pas par pudeur : pour mieux compter les billets.

Tarak Amira