Tchad : l’escorte du président du Parlement tue un chauffeur de taxi-moto pour se dégager du trafic

Un homme a été tué lundi 4 novembre par des tirs à balles réelles provenant du cortège de Haroun Kabadi, président de l’Assemblée nationale du Tchad. De nombreux Tchadiens se sont insurgés sur les réseaux sociaux contre la garde personnelle de la deuxième personnalité du pays, d’autant qu’elle n’en est pas à sa première bavure.

Il s’appelait Bonheur Mateyan Manayel. Le jeune chauffeur de taxi-moto a succombé à ses blessures lundi 4 novembre après avoir reçu deux balles dans le ventre lors du passage du cortège de Haroun Kabadi, le président de l´Assemblée nationale tchadienne. C’est un motard accompagnant le cortège qui avait ouvert le feu.

Pour Succès Masra, économiste tchadien et leader du mouvement des Transformateurs, ce crime illustre l’impunité dont bénéficient les dirigeants et leur absence de respect pour leurs concitoyens.

« Bonheur était un jeune d´une trentaine d´années, il laisse derrière lui trois enfants. C’était un diplômé qui était confronté au chômage dans lequel vivent la plupart des jeunes Tchadiens et qui a été tué par balles au passage du cortège du président de l´Assemblée nationale. Mais avant lui, en avril dernier, devant la présidence, un certain Barka Rosai a aussi été tué. Son tort a été d´être passé juste devant la présidence de la République. »

Le président de l’Assemblée exprime ses regrets 

Ailleurs en Afrique

Ce phénomène ne se limite pas seulement au Tchad. Dans d´autres pays africains, comme en RDC, ce type d’agissement est devenu courant.

Les cortèges officiels roulant à vive allure en pleine ville provoquent des accidents qui peuvent coûter la vie aux passants. Les habitants des capitales vivent souvent dans la crainte de croiser ces déplacements. C´est ce qu’explique Cyrille Milandou, journaliste congolais :

« En RDC, je peux dire que la situation est la même, surtout à Kinshasa où il y a des embouteillages causés par les officiels, que ce soit des membres du gouvernement, des officiers ou même des voitures qui sont conduites par des policiers ou des militaires et qui empruntent les rues en sens interdit. Si vous ne faites pas attention on peut vous renverser. »

Problème d’encadrement

Les cortèges officiels en Afrique ne respectent-ils donc pas la sécurité des populations sur leur passage ? Baffa Koné, le directeur de l’Office de la sécurité routière de Cote d´Ivoire pense que ce n´est pas le cas :.

« C’est un problème d´encadrement du passage. Lorsqu’il y a un officiel qui doit arriver, il faut qu´on puisse sécuriser le passage pour que cela puisse se faire et que la population comprenne qu´il faut permettre le passage rapide de cette délégation. »

Voilà pour la théorie mais en pratique, rien n’est sécurisé comme l’a prouvé la mort brutale du jeune chauffeur de taxi-moto à N’Djamena. Les populations des capitales africaines savent les risques que ce genre de cortèges leur fait courir.

Car le spectacle de ces dirigeants politiques assis dans des limousines et escortés par des militaires qui ouvrent le feu sur ceux qui ralentissent le convoi reste une tragique réalité.