Sri Lanka: Violences antimusulmanes et couvre-feu rétabli

Le Sri Lanka a rétabli ce mardi le couvre-feu sur l’ensemble de son territoire, à la suite d’émeutes antimusulmanes qui ont fait un mort, trois semaines après les attentats jihadistes de Pâques.

Le Sri Lanka fait face à des émeutes antimusulmanes, les pires depuis les attentats du 21 avril contre des églises catholiques et des hôtels de luxe, organisés par des islamistes locaux et revendiqués par le groupe terroriste Daech dans le nord de Colombo depuis dimanche. Des groupes armés ont saccagé des mosquées et des magasins tenus par des musulmans, dont l’un d’entre eux a été tué. Le gouvernement a imposé la nuit dernière un couvre-feu national et coupé les réseaux sociaux.

La police a annoncé qu’un peu plus de 80 personnes avaient été arrêtées en lien avec ces nouvelles violences, et étaient détenues dans cadre de l’état d’urgence.

Levé mardi matin, sauf dans la province du Nord-Ouest, le couvre-feu, décrété une première fois lundi soir au niveau national, a été instauré à nouveau à partir de 21h00 (15H30 GMT) dans tout le Sri Lanka, a déclaré le porte-parole de la police Ruwan Gunasekera.

Par ailleurs, le blocage de l’accès aux réseaux sociaux imposé lundi à Facebook, WhatsApp, YouTube et Instagram a été étendu mardi à Twitter, ont annoncé des fournisseurs de services sur internet. Il vise à limiter la diffusion de messages incitant à la violence.

Les émeutes ont éclaté en plein ramadan dans la province du Nord-Ouest, trois semaines après les attentats du 21 avril contre trois églises et trois hôtels de luxe, revendiqués par le groupe jihadiste Daech et qui ont fait 258 morts.

Tout semble avoir commencé dimanche, dans la ville de Kiniyama, à 100 km au nord de Colombo. Les forces de sécurité en charge de trouver les complices des terroristes du mois dernier viennent de fouiller un lac pour s’assurer que des armes n’y sont pas cachées.

C’est alors qu’un groupe d’habitants, mené par des moines bouddhistes, exigent que la mosquée voisine soit également inspectée. Face à la résistance des religieux, plus de 1 000 personnes armées de barres de fer et d’épées forcent l’entrée, saccagent tout le bâtiment et profanent les corans.

Des groupes d’assaillants, souvent à moto, répandent ensuite cette violence aux villages voisins pendant plus de 24h, abîmant deux autres mosquées et des dizaines de magasins tenus par les musulmans.

Les violences antimusulmanes ont commencé dimanche, notamment à Chilaw (80 km au nord de Colombo).

Lundi, dans le district de Puttalam, un homme âgé de 45 ans a ainsi été lynché dans son atelier de menuiserie, selon la police.

Ailleurs, des groupes ont attaqué des magasins, des habitations et des véhicules appartenant à des musulmans, ainsi que des mosquées.

Dans le district de Gampaha, voisin de celui de Puttalam, un commerçant d’électronique de Minuwangoda, à 45 km au nord de Colombo, a assuré à l’AFP au téléphone que des hommes à moto qui « n’étaient pas de la ville » avaient dirigé lundi les attaques.

Selon lui, « ils ont commencé à vandaliser des magasins appartenant à des musulmans et à jeter des cocktails Molotov, puis les habitants se sont joints à eux ».

Les forces de sécurité ont fini par tirer en l’air pour les disperser.

Une usine de pâtes alimentaires appartenant à un musulman a été incendiée. Joint au téléphone par l’AFP, son propriétaire, Ashraf Jifthy, a précisé que trois de ses employés avaient été blessés et que « les forces de sécurité étaient à l’extérieur mais n’ont pu empêcher l’attaque, survenue pendant le couvre-feu ».

Toujours à Minuwangoda, une mosquée a été caillassée, tandis qu’à Kinyama, deux autres ont été vandalisées sous les yeux de policiers complètement dépassés.

A Bingiryiya, « environ 2.000 personnes ont entouré notre mosquée et l’ont saccagée », a raconté un responsable religieux local.

Dans une allocution télévisée lundi soir, le Premier ministre Ranil Wickremesinghe a estimé que les émeutes pouvaient entraver l’enquête sur les attentats de Pâques, à la suite desquels l’état d’urgence a été décrété, renforçant les pouvoirs des forces de sécurité.

Le Sri Lanka, un pays majoritairement peuplé de bouddhistes, compte environ 10% de musulmans et 7,6% de chrétiens.

Avec agences