Les réligions : Création divine ou création humaine ?

dieu a tout créePar Rachid Barnat

Sourate « Al Isra » – 17, (Voyage nocturne) (traduction de (Kasimirski):
– Verset 87 (ou 85): Ils t’interrogent au sujet de l’esprit. Dis-leur : L’esprit a été créé par l’ordre du Seigneur, mais il n’y a qu’un petit nombre d’entre vous qui soit en possession de la science.

.وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُم مِّن الْعِلْمِ إِلاَّ قَلِيلاً

– Verset 90 (ou 88): Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient mutuellement.

قُلْ لَئِنِ اجْتَمَعَتِ الْإِنْسُ وَالْجِنُّ عَلَى أَنْ يَأْتُوا بِمِثْلِ هَذَا الْقُرْآَنِ لَا يَأْتُونَ بِمِثْلِهِ وَلَوْ كَانَ بَعْضُهُمْ لِبَعْضٍ ظَهِيرً

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Le titre de cet exposé : « La religion création humaine ou divine » peut, sans doute, heurter certains pour qui la question ne se pose pas et qui ont la conviction profonde que la religion est d’essence divine.

Je dirai d’abord, et je voudrai que personne n’en doute, que je respecte la foi de chacun et que mon propos n’est pas de convertir des croyants en incroyants. La foi est un mystère et nous vient souvent de notre éducation. Elle doit être pleinement respectée car elle est la marque de certain.

Pourquoi cette question de savoir l’origine des religions ? Parce que l’histoire des religions montre que celles-ci ont évolué depuis la nuit des temps, au point de devenir un instrument de contrôle des peuples et de pouvoir de ceux qui instrumentalisent la religion pour dominer les hommes.

Mais si Dieu lui-même, comme toutes les religions en conviennent, a donné à l’homme l’intelligence et la liberté, alors ce Dieu créateur ne peut que comprendre que l’homme libre qui, exerçant son intelligence, se pose cette question ou plutôt ces deux questions car le titre que je vous propose doit déjà nous permettre d’affiner notre questionnement :

– il y a d’abord une question sur la réalité divine des religions;
– l’autre question étant : les livres saints, sont-ils venus de Dieu ou sont-ils eux-mêmes des créations des hommes ?

Vaste débat, délicat débat, passionné débat et insoluble débat sur le seul terrain de la raison.

Dans cette première partie, je vous donnerai seulement des questions car je dois avouer que, comme beaucoup, je n’ai pas la réponse définitive et certaine.
Je dois préciser d’ailleurs, au passage, que se demander si les textes sacrés viennent de Dieu, n’est pas la même question que la question encore plus vaste et difficile de l’existence même de Dieu.
On peut croire en un Dieu et ne pas croire que les textes sacrés viennent de lui. (I)

Mais par contre, nous serons plus facilement d’accord sur le fait que, à partir des livres saints que sont pour nous le Coran, pour les juifs la Bible et pour les Chrétiens le Nouveau testament; tout ce qui a été, ensuite, l’interprétation, l’analyse, les commentaires, les constructions doctrinales des hommes qui nous ont précédés, sont, par contre et de toute évidence des créations humaines; et là, véritablement, aucune discussion sérieuse n’est possible. La profusion d’écoles et d’obédiences, de maîtres à penser, dans les trois religions monothéistes qui nous intéressent, sont bien la preuve de l’intervention de l’homme dans le message premier de Dieu !

Dans le fond, la démarche que je vous suggère aujourd’hui est un appel à la raison. Dieu, s’il existe, a donné à l’homme la raison et c’est sans discussion pour qu’il s’en serve et qu’il exerce son esprit critique. Pour être complet, il faut dire aussi que tout en menant cette démarche, il est permis de se dire que la raison ne peut pas tout et que, souvent au bout des raisonnements et des faits scientifiques les plus sérieux, il reste le mystère.

Sur ce plan, le concept même de votre association confirme son désir de retour à la source, c’est à dire le Coran; pour « dépoussiérer » la religion musulmane des apports des hommes qui la dénaturent jusqu’à la caricature parfois ! Et pour cela le Pr. Mohammed Talbi lui même, vous exhorte à relire le Coran avec votre raison, avec votre intelligence et surtout avec votre esprit critique ! (II)

I / La religion création humaine ou divine ?

Il faut d’abord replacer tout cela dans la très longue histoire de l’humanité. Les religions monothéistes que nous connaissons aujourd’hui sont, en définitive, très récentes, dans l’histoire de l’humanité.
La science et notamment la théorie de l’évolution, si combattue par les religions mais que tout scientifique sérieux considère comme vraie, nous donne une humanité remontant à plusieurs millions d’années.
Je n’entre pas dans les détails mais face à ces millions d’années, la première religion monothéiste, celle des juifs, remonte tout simplement à 5000 ans, presque rien devant l’immensité du temps de l’humanité !

Essayons d’imaginer nos très lointain ancêtres apparus dans le monde, ignorant tout des règles de fonctionnement de cet univers, terrorisés par les événements naturels qu’ils ne comprenaient pas et qu’ils maîtrisaient encore moins. Ces hommes se sont aussitôt confrontés à la question fondamentale de la mort qui est pour eux, comme pour nous encore aujourd’hui, un mystère.

Cette constatation purement scientifique, ne peut que nous interpeller au moins à deux niveaux :
– d’abord elle nous montre que les récits de la création du monde dans les divers livres Coran et Bible ne sont pas conformes à la réalité historique. Ce sont des récits que l’on ne peut pas prendre à la lettre, car à la lettre ils sont faux.
– en second lieu, le caractère très récent des textes monothéistes, pose tout de même une grave question.
Pourquoi ce silence absolu de Dieu pendant des millions d’années et une intervention si récente et dans un périmètre géographique si restreint : le moyen Orient ? On pourra donner à cette question toutes les réponses que l’on veut mais il est clair que ce sera seulement des réponses humaines.

En réalité ce que l’histoire et l’ethnologie nous apprennent, c’est que la « demande de Dieu » est presque aussi ancienne que l’homme.

Face à ces questionnements, ces incertitudes, leurs craintes; ces hommes anciens vont s’adresser à des divinités inconnues, qu’ils imaginent, pour « expliquer » les mystères de la vie, de la nature …. des sciences naturelles, dirions-nous aujourd’hui.
L’homme primitif face aux cataclysmes climatiques, aux tempêtes, aux orages, à la foudre, aux éruptions volcaniques ; et devant les « déchaînements » de la nature, a du être effrayé mais il a cherché à comprendre.
Chamanes et druides … inventeront des mythes pour « expliquer » la nature, ses cycles, la vie, la mort, en attribuant des pouvoirs à des forces occultes qu’ils personnifieront sous formes de divinités.

Ils vont notamment faire des dons à ces divinités pour les apaiser et bientôt ils en attendront une réponse, pratiquant  » le don contre un don « …. autrement dit le « donnant/donnant » !
Même le sacrifice d’Abraham n’est que la reprise des sacrifices qui étaient faits, bien avant les religions monothéistes par des hommes qui ne comprenaient rien aux mystères et aux dangers du monde et qui pensaient apaiser les Dieux en leur faisant des offrandes humaines puis animales.
Le sacrifice rituel aux dieux, c’est la peur devant ce que l’on ignore.
La tradition biblique lui donnera une autre signification ….

Face à la mort et à son mystère, ces hommes très anciens (le Néoandertalien inhumait ses morts) vont se livrer au « culte des morts » et imaginer une autre vie, la finitude totale leur étant impensable.
Ils vont ritualiser la mort; et très vite une religiosité s’exprimera à travers ce rituel.

En conséquence on peut dire que l’homme a toujours recherché Dieu mais, qui lui-même fait, au cours des temps, des réponses diverses et variées.

A l’origine les dieux étaient, souvent des déesses car les femmes constituaient un véritable mystère pour les hommes : par leurs menstrues, leurs grossesses, les accouchements… et la vie qu’elles donnaient.
Certaines idoles citées dans le Coran sont d’importation yéménite, leur évocation est assez floue car le Yémen, à l’époque de Mahomet, était depuis plusieurs siècles judaïsé puis christianisé.
Al-Lat, al-`Uzzâ, et Manât étaient, des déesses préislamiques mecquoises appelées les « filles d’Allah ». Lors de la révélation de la sourate 531 « An-najm » (L’Etoile), Mahomet avait, selon Tabari, dans une première version, recommandé qu’on leur rende un culte.
Ces versets prononcés puis abrogés sont appelés les versets sataniques2,3, expression qui a servi de titre d’un roman de Salman Rushdie.
al-Lât (اللَّات [al-llāt], al-lât; la déesse)4Déesse du soleil représentée par une immense image de granit gris.
al-`Uzzâ (العُزّى[al-`uzzā], l’être tout puissant)4Idole préislamique apparentée à Vénus/Aphrodite et personnalisée par un bloc de granit long d’environ six mètres.
Manât (مَنَاة [manā])6Symbole du destin et de la mort (مَنيّة [manīya], destin; sort; mort). Déesse préislamique du sort, qui coupait le fil du destin.
Nasr (نسْر [nasr], vautour)7Divinité préislamique d’une tribu du Yémen.
Sûwa` (سُوَاع [sūwa`])7 Divinité préislamique qui avait son sanctuaire près de Yanbu sur la Mer Rouge.
Tâghût (طاغوت [tāġūt], idole; faux dieu; démon)8Être rebelle, divinité ou simple démon de la rébellion à mettre au nombre des djinns
Wadd (ودّ [wadd], amour)7Wadd est une divinité de l’amour et de l’amitié.
Yaghûth (يغوث [yaġūθ], Yaghûth)7Divinité du secours vénérée au Yémen.
Ya`ûq (يعوق [ya`uq], il défend; Ya`ûq)7Divinité protectrice, vénérée au Yémen.
Jibt (جِبْت [al-jibt], Jibt)9Idole citée une seule fois en compagnie des tâghûts. Divinité préislamique non citée par le Coran.
Hubal (هُبَل [hubal]) Idole de forme humaine, importée de Syrie qui serait le patron des caravaniers et père de plusieurs autres idoles de l’ancien temple mecquois. Hubal est une divinité lunaire, dont le nom est peut-être à relier avec Baal. C’est cette idole que Abû Sufyân salua après sa victoire à Uhud10.

Les hommes  attribuaient beaucoup de pouvoir aux divinités et attendaient d’elles des explications à leurs questionnements … d’où le développement de la sorcellerie et des sorcières, l’autre pendant des déesses, créatrices de toutes choses. Et des mythes vont rejoindre d’autres mythes se nourrissant souvent les uns des autres …

 Des panthéons leurs sont dressés avec des serviteurs pour en prendre soin et pour servir d’intermédiaire entre les dieux et le commun des mortels. Ces serviteurs formeront les vestales, les prêtresses et les prêtres qui seront les gardiens du temple et géreront les offrandes des hommes.
Le pouvoir et la richesse des prêtres seront en relation avec la popularité du dieu qu’ils servent … et certains même deviendront dieu à la place de dieu, ce qui est le cas de la déesse Vestale à l’origine simple prêtresse !
Certains peuples comme les grecs, plus pragmatiques, imagineront leurs dieux à leur image. Ils leur attribuent les qualités et les défauts des hommes d’ici bas, partageant comme eux amour, passion et haine et se faisant la guerre entre eux … mais là haut dans leur domaine céleste !
L’homme pas bête, s’improvisera lui aussi dieu pour reprendre ce pouvoir aux femmes.
Et petit à petit les déesses seront remplacées par des dieux mâles … et les prêtresses par des prêtres !
Ainsi, malin, l’homme a compris le pouvoir qu’il pouvait tirer de la religion pour asservir et dominer ses semblables en se proclamant dieu ou du moins détenteur de pouvoirs divins.
Les chefs et les rois ayant compris le pouvoir de la religion, beaucoup se la sont appropriés, cumulant ainsi les deux pouvoirs : le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, pour une meilleure domination des hommes.
Et que mieux pour un chef ou un roi, que de s’abriter derrière le sacré de la religion, pour demeurer intouchable, toujours au dessus des lois, en prétendant détenir un droit divin ou que sa personne est d’essence divine !
Les pharaons vont organiser ce système à la perfection !
La mythologie égyptienne reprenant les anciens mythes, va broder dessus et les enrichir par d’autres mythes, en multipliant les divinités. Chaque divinité ayant ses temples et ses prêtres, les dieux finiront par se faire de la « concurrence » auprès des hommes, et ceux qui auront plus de succès auprès d’eux, rapporteront gloire et richesse (par les offrandes, les donations…) à leurs prêtres ! Ceux-ci devenaient riches et leur pouvoir grandissait au risque de faire de l’ombre à celui du pharaon.
Cela va donner une idée à un pharaon qui veut accaparer tous les pouvoirs et toutes les richesses pour lui seul. En décrétant le monothéisme et en se proclamant lui même ce dieu unique, Akhenaton, ouvre la voie au monothéisme…
Quand on apprend qu’Akhenaton n’est autre qu’Abraham (Abraham) … on comprend mieux la suite !
Enfin, viendront les grandes religions monothéistes et les textes fondateurs de ces religions.
La religion d’Abraham va donner naissance au Judaïsme, puis au Christianisme et enfin à l’Islam…
Ces trois religions monothéistes ont des mythes fondateurs communs, repris aux religions d’avant ; c’est à dire de l’ère polythéiste : le déluge, Noé … ou repris entre elles, telle l’histoire où Mouhammad fut sauvé des Mecquois qui le poursuivaient, par une araignée qui tissa une toile sur l’ouverture de la caverne (« ghare Hira« ) où il s’était caché; histoire prise à la tradition juive décrivant David fuyant la colère du roi Saul et sauvé par une toile d’araignée (p : 48).
Ces textes viennent-ils de Dieu ou sont-ils la continuation de l’idée de Dieu qui a hanté les hommes depuis l’origine ?
Ici la réponse est difficile et on peut, sans doute trouver des arguments, dans les deux sens.
Pour ma part, je m’étonne que ce Dieu ne s’exprime que si tard et pour une si petite partie de l’humanité.
Par ailleurs il y a dans les textes fondateurs de nombreuses histoires qui existaient déjà sous d’autres formes dans l’histoire de l’humanité.
Il reste que ces textes, tant la Bible que le Coran, sont de très beaux textes, insurpassables dans la beauté et qui conduisent à se demander s’ils ne sont pas réellement venus de Dieu.
Chacune des trois religions monothéistes a son lot de légendes, telle que celle :
– de Moise « ouvrant » la mer Rouge de son bâton pour permettre la fuite des esclaves du pharaon qui deviendront le peuple élu …
– du mystère qui entoure la naissance de Jésus, né d’une mère toujours vierge, qu’aucun homme n’a touchée mais que Dieu a fécondée, faisant de Jésus le fils de Dieu,
– du voyage nocturne mystérieux qu’aurait fait Mohammad et que relate la sourate « El isra » ou « le voyage nocturne » dont sont extraits les versets qui vous ont été proposés pour initier ce débat, voyage qui va le mener à Jérusalem sur son cheval ailé « Al bouraq » (l’éclair) !
Ce voyage initiatique le rattachant à « Al Qods », Jérusalem, berceau du monothéisme; confirme qu’il s’inscrit dans la lignée des prophètes qui l’ont précédés et qu’il aurait vus tous, cette nuit là !
Chaque adepte de l’une des trois religions monothéistes, croit dur comme fer à la légende concernant le prophète de « sa religion » ; mais considère parfois celle des autres comme imaginaire, voir comme hérétique !
Or croire à ces légendes, relève du domaine de la foi, fondement primordial pour toutes les religions !
Comme je vous l’ai dit en débutant, je ne fais que poser des questions, chacun, après réflexion, donnera sa propre réponse en fonction de sa foi.
Si le rôle des religions à l’origine tenait lieu de « sciences naturelles », très vite avec l’organisation de l’homme en groupe, puis en société, deviendra « juridique/judiciaire » : les premières lois étaient les lois du talion apparues en Mésopotamie en 1730 avant notre ère, dans le royaume de Babylone, plus connues par l’une d’elles : « Œil pour œil, dent pour dent ».
Très vite, de « judiciaire », le rôle de la religion va devenir « morale » en instaurant dans les sociétés primitives de nouvelles règles ! Dont la Morale, qui sera le nouveau fond de commerce des prêtres.
Avec le monothéisme, la morale va faire un grand pas en avant : en régulant les mariages par exemple. Un homme ne pouvant plus épouser sa sœur, ni sa sœur de lait, ni sa fille, ni sa belle sœur, ni sa belle mère…
Et depuis, le monothéisme a beaucoup brodé sur le thème de la morale …
Si ces religions ont joué un rôle « social » important dans l’organisation de la société et ont permis à l’homme de s’humaniser et de progresser, très vite elles vont devenir un frein à son progrès, voir un instrument « politique » pour le dominer !
Si à l’origine la « morale » servait à réguler la vie en société ; depuis, certains en feront un fond de commerce pour y inclure tout et son contraire… toujours dans un but de domination de l’homme par l’homme.
Ainsi pour les religions monothéistes, par essence patriarcales et phallocratiques, la femme sera marginalisée, voir diabolisée ; puisqu’elle est à l’origine du premier péché d’Adam et de son exclusion du paradis … « péché originel« , mythe fondateur du judaïsme, du christianisme et rapporté dans le Coran !

Et que fut ce fameux péché originel ? Adam a croqué dans la pomme du savoir !
Et par la faute de qui ? D’Ève évidemment !
Adam perdant ainsi son innocence (ou plutôt son ignorance), n’était plus digne de demeurer au paradis ! Dieu pour le punir, le chasse du paradis !
Mais dieu le miséricordieux, lui donnera une seconde chance : sur terre, il doit souffrir pour mériter à nouveau le paradis ; avec toutefois une mise en garde que reprendront les trois religions abrahamiques : se méfier de la femme, son pire ennemie, qui sera son « diable tentateur » !!
Et s’il gagne le paradis pour ses bonnes actions sur terre, il aura droit à une vie éternelle là où coule des rivière de miel, de vin … et aura droit à 72 houris, éternellement vierges !
Du moins ce que racontent les prédicateurs aux futurs jihadistes … confirmant bien par là que la religion ne se soucie que du bien être de l’homme … dans l’au-delà !
Donc le monothéisme abhorre le savoir et la femme … et certains extrémistes cultiveront même l’obscurantisme chez leur frères pour mieux les dominer sur terre … en attendant que dieu juge de leur sort pour savoir s’ils réintègrent le paradis ou s’ils finiront en enfer !
Dans le WAHHABISME, l’obédience la plus extrémiste mais aussi la plus obscurantiste, la femme est la personnification du diable, dont il faut se méfier ! Pour l’empêcher de nuire à la société, le wahhabisme multiplie pour elle les interdits sous forme de «haram», décrétés par des théologiens qui par une lecture littéraliste du coran et par une perversion de leur esprit nourri d’une culture obscurantiste, frisent la caricature … allant jusqu’à la soustraire au regard des hommes … l’enterrant vivante dans son linceul noir, appelé burqa !
Triste destin pour les femmes : de déesses, les voilà dans le rôle du diable, dépossédées de tout pouvoir !
Si les mythes, les légendes puis les religions ont joué leur rôle pour combler les vides et pour répondre aux questions qui tourmentent l’homme pour lui permettre de progresser … peut être viendra le temps où l’homme ayant acquis suffisamment de savoir finira par s’émanciper des religions et de ses serviteurs (prêtres et imams), tout en gardant une foi en un créateur et assurer, ainsi, sa destinée en organisant son vivre ensemble par des lois qu’il se donnera tenant compte des réalités des choses et non plus des supposées « explications » qui ne « tiennent » plus avec les découvertes scientifiques qu’il ne cesse de faire !
Nietzsche dans son livre « Ainsi parlait Zarathoustra », développait l’idée de la mort de dieu, afin que l’homme s’émancipe de lui pour s’assumer et devenir responsable !
Plus de 20 siècles après, l’homme franchira-t-il le pas pour se prendre en main ?
Rien n’est moins sûr ! Quand on voit des créationnistes, refuser les lois darwiniennes et les sciences expérimentales… pour s’en tenir à la « vérité biblique » que le monde fut créé en 6 jours et que les créations le furent dans l’ordre de ce que disent les textes « sacrés » … pour nier que l’homme puisse descendre du singe, puisqu’il est à l’image de dieu !
Ce que tentent de faire les salafistes de leur côté, en faisant une lecture littéraliste du coran pour nier toutes les découvertes scientifiques qui expliqueraient le monde autrement que ne le décrit le texte « sacré » !
En dehors de ce progrès, il restera toujours le grand risque, trop clair aujourd’hui, que les hommes se laissent berner et utiliser par les religieux qui ne sont souvent que des démagogues hypocrites, qui refusent aux hommes la liberté de penser pour mieux les endoctriner et les dominer !
Les libres penseurs ont souvent fini au bûcher ! Copernic pour en réchapper, a du abjurer sa « découverte », que la terre tourne autour du soleil … mais qui continuera à affirmer devant ses persécuteurs que sont les hommes d’église : « Pourtant elle tourne autour du soleil » !!
II / Les Livres sont-ils d’origine divine ou humaine ?
Leur interprétation étant évidemment humaine. 

Les hommes depuis l’époque biblique ont douté de l’existence de dieu, du moins de son messager et du message qu’il était sensé leur envoyer. Dans Sourate « Al Isra » (Voyage nocturne) :
91 (89). Nous avons répandu dans ce Coran toutes sortes de paraboles pour l’instruction des hommes ; mais les hommes se sont refusés à tout, excepter à l’incrédulité.
وَلَقَدْ صَرَّفْنَا لِلنَّاسِ فِي هَـذَا الْقُرْآنِ مِن كُلِّ مَثَلٍ فَأَبَى أَكْثَرُ النَّاسِ إِلاَّ كُفُوراً
Interpellant Moise :
92 (90). Ils dirent : Nous ne te croirons pas, à moins que tu ne fasses jaillir de la terre une source d’eau vive ;
.وَقَالُواْ لَن نُّؤْمِنَ لَكَ حَتَّى تَفْجُرَ لَنَا مِنَ الأَرْضِ يَنبُوعاً
93 (91). Ou à moins que tu n’aies un jardin planté de palmiers et de vignes, et que tu ne fasses jaillir des torrents du milieu de ce jardin ;
.أَوْ تَكُونَ لَكَ جَنَّةٌ مِّن نَّخِيلٍ وَعِنَبٍ فَتُفَجِّرَ الأَنْهَارَ خِلالَهَا تَفْجِيراً
94 (92). Ou à moins qu’une partie du ciel ne tombe sur nous, ou à moins que tu n’amènes Dieu et les anges comme garants de tes paroles ;
أَوْ تُسْقِطَ السَّمَاء كَمَا زَعَمْتَ عَلَيْنَا كِسَفاً أَوْ تَأْتِيَ بِاللّهِ وَالْمَلآئِكَةِ قَبِيلاً
95 (93). Ou à moins que tu n’aies une maison ornée de dorures, ou à moins que tu ne montes aux cieux par une échelle, nous ne croirons non plus que tu y sois monté que lorsque tu nous feras descendre un livre que nous puissions lire tous. Réponds-leur : Louange à Dieu î Suis-je donc autre chose qu’un homme et un apôtre ?
.أَوْ يَكُونَ لَكَ بَيْتٌ مِّن زُخْرُفٍ أَوْ تَرْقَى فِي السَّمَاء وَلَن نُّؤْمِنَ لِرُقِيِّكَ حَتَّى تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَاباً نَّقْرَؤُهُ قُلْ سُبْحَانَ رَبِّي هَلْ كُنتُ إَلاَّ بَشَراً رَّسُولاً
En guise de réponse aux incrédules quand à l’origine du Coran humaine ou divine, le verset90 (ou 88) de Sourate « Al Isra » – 17, (Voyage nocturne) répond clairement :
 » Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient mutuellement. 
 قُلْ لَئِنِ اجْتَمَعَتِ الْإِنْسُ وَالْجِنُّ عَلَى أَنْ يَأْتُوا بِمِثْلِ هَذَا الْقُرْآَنِ لَا يَأْتُونَ بِمِثْلِهِ وَلَوْ كَانَ بَعْضُهُمْ لِبَعْضٍ ظَهِيرً
Une anecdote qu’on rapporte à propos de Aïcha épouse de Mohammad, qui jalouse et choquée que son mari veuille épouser Zayneb la femme de son fils adoptif Zayd, lui fait remarquer que Dieu est fort accommodant avec son messager, pour lui avoir fait une révélation qui le sort d’affaires d’inceste, en abolissant l’adoption !Quant à la virginité perpétuelle de Marie, c’est une doctrine commune aux catholiques et aux orthodoxes, inscrite dans le symbole de la foi de Saint Épitaphe en 374, et proclamée comme une « vérité de foi » pendant le deuxième concile de Constantinople.
L’origine de ce dogme est donc bien du fait de l’homme.Si l’origine du Livre est un réel mystère, son interprétation, au cours des siècles est de manière absolument incontestable oeuvre humaine et rien qu’humaine. Il n’est donc pas étonnant, qu’a partir d’un même texte les hommes en aient donné des interprétations multiples ce qui, à mon sens, leur enlèvent toutes portées réelles. D’où la multitude d’école et d’obédiences dans les trois religions monothéistes. « Interprétation » cachant souvent des intentions « politiques » !Or nous savons que sous couvert de légitimité ou pour des raisons dogmatiques, l’histoire de l’Islam est riche de querelles souvent d’origine politique. Ainsi les disputes concernant la succession du prophète de l’islam Mohammad ont entraîné l’apparition du kharidjisme en 657 et du chiisme après 660. Un troisième parti, majoritaire celui-là s’est défini en restants partisans du califat.
Entre ces 3 partis, les divergences sont au début surtout politiques, même si des sensibilités religieuses légèrement différentes existent dès l’origine.
Le motazilisme, école de pensée théologique musulmane apparue au viiie siècle en même temps que le sunnisme et le chiisme, mais indépendant d’eux; disparaît définitivement au xiiie siècle, essentiellement vaincu par le sunnisme. Sa théologie se développe sur la logique et le rationalisme, inspirés de la philosophie grecque et de la raison (logos).
Elle contredit la doctrine affirmant que le Coran est éternel et admet que celui-ci ait été créé.
Cette démarche intellectuelle, reprise sous différentes formes par les autres courants musulmans, parfois avec réticence, régressera nettement à partir du xiiie siècle chez les sunnites sous l’impulsion Seldjoukite et Ottomane, ceux-ci considérant que la révélation divine n’a pas à être soumise à la critique humaine, décision politique qui met à l’abri des contestations le calife lui-même, qui cumule comme on le sait le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel !
Après Ibn Rochd (Averroès), on constate « la perte d’audience de la philosophie au profit de la mystique1 ».
L’approche philosophique héritée du mutazilisme reste aujourd’hui utilisée par des chiites, mais uniquement sur certains points.
Mais elle est rejetée farouchement par Mohamed Abdelwahhab, le prédicateur qui va semer le wahhabisme, le cancer des temps moderne, outil de colonisation par excellence !
Nous savons que la succession des royaumes, ne s’est jamais interrompue ni au Maghreb ni ailleurs en terre d’islam. Tous ceux qui ont accédé un jour au pouvoir (les Almohades, les Mourabitouns, les Sanhadjites, voire les Hafsides…) n’y sont parvenus que parce qu’un prédicateur a su rassembler autour de lui quelques tribus et s’est lancé à l’assaut de la citadelle d’un sultan qui a cessé d’incarner, pensent-t-ils, un islam authentique.
Les tribus n’étant plus ce qu’elles étaient, la reconquête du pouvoir se fait par infiltration du pouvoir en place … toujours pour des raisons faussement religieuses !Pour nous tunisiens, le rôle joué par Youssef Al Qardaoui auprès de l’émir du Qatar,  Hamad bin Khalifa Al Thani pour installer Ghannouchi au pouvoir .. n’est plus un secret pour beaucoup !
Il est donc absolument clair que le texte fondateur a été interprété par les hommes dans un but de pouvoir. Et d’ailleurs comment comprendre les différentes écoles et même le schisme fondamental entre sunnite et chiite si ce n’est à cause de l’interprétation des hommes.
– Les romains en feront autant; puisque l’empereur Auguste fils de Jules César se proclama fils de la déesse Vénus et du dieu Mars ! Détenant ainsi un pouvoir absolu d’essence divine, il installa le centre de son pouvoir dans le forum qu’il a fait construire au centre de Rome qui deviendra le temple centralisateur de son pouvoir et la capitale du monde romain qui s’étendit de l’Angleterre, jusqu’à l’Irak, en passant par l’Afrique du Nord !! Idée que reprendront les rois catholiques et autres Califes ! Ce à quoi prétendent de nos jours, les pétromonarques, bédouins d’Arabie, dont les Ibn Saoud ! « 
Qu’en conclure :
Plusieurs choses :
– la foi est personnelle, souvent le fruit de son milieu et de son éducation et elle doit être respectée.
– le croyant doit le plus possible éviter les intermédiaires et essayer d’avoir directement un lien avec le texte sacré.
– le croyant ne doit pas abdiquer sa raison, il doit essayer en toutes choses de réfléchir à ce que lui demande exactement le texte à chacune de nos époques.
– enfin le croyant doit être modeste et reconnaître qu’il ne sait pas grand-chose.
Je voudrai terminer en vous citant cette phrase du grand écrivain André Gide qui me paraît résumer l’attitude que l’on doit avoir :
« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent. »
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PS : Même la franc-maçonnerie, pourtant temple de la laïcité, crée par les hommes; et qui tend à l’universalisme et à l’égalité entre home et femme … pratique la ségrégation : puisque ses fondateurs excluaient les femmes !
PS : Pour ceux qui veulent compléter, je suggère la lecture d’un petit livre très éclairant:
« Petite histoire des religions » de Frédéric Lenoir

paru en édition de poche.

Conférence de Rachid Barnatdans le cadre de