Le roi du Maroc gracie des militants du mouvement Hirak

Le roi du Maroc Mohammed VI a gracié un total de 188 personnes liées au mouvement de protestation Hirak et condamnées fin juin. Une grâce accordée à l’occasion de la fête de l’Aïd al-Adha.

Selon des sources au Conseil national des droits de l’homme (CNDH), à l’occasion de la fête religieuse de l’Aïd al-Adha, le roi du Maroc Mohammed VI a gracié 188 personnes faisant partie du mouvement de contestation rifain Hirak et condamnées fin juin.

Les grâces concernent des personnes condamnées en lien avec les énormes manifestations qui ont agité la région défavorisée du Rif pendant plusieurs mois, en vertu de sentences prononcées par les tribunaux de Nador (nord) et d’Al Hoceima (nord), la ville épicentre de la contestation, selon des informations publiées par la presse marocaine. Il n’a pas été possible d’obtenir de confirmation à ce sujet auprès du ministère de la Justice.

Dans un premier temps, le CNDH avait fait état de 11 grâces pour des militants purgeant des peines de deux à trois ans de prison à Casablanca (ouest) après leur condamnation fin juin.

Les détenus du Hirak graciés sont immédiatement libérables et le CNDH a pris contact avec les autorités locales dans différentes villes pour préparer leur retour chez eux, selon un responsable du Conseil joint par l’AFP.

Selon des informations recueillies par RFI, près de 100 personnes auraient déjà quitté leur prison à Casablanca, Fès ou encore Al Hoceïma, haut-lieu de la contestation.

Ni le leader du mouvement Nasser Zefzafi, condamné avec trois de ses compagnons à 20 ans de prison pour «atteinte à la sécurité de l’Etat» ni le journaliste Hamid el Mahdaoui, qui a été puni de trois ans ferme après sa couverture des événements, ne figurent parmi les personnes graciées.

Pour l’un des avocats du mouvement Hirak et de son leader Nasser Zefzafi, cette grâce marque un changement de perspective de la part des autorités du royaume.

« La dynastie alaouite, qu’il s’agisse de Mohammed VI ou de son père Hassan II, n’a pas pour habitude de gracier ceux qu’elle considère comme des traîtres, souligne maître Mohamed Zayan. Donc le fait qu’il [Mohammed VI] ait gracié, même si ce n’est pas suffisant, c’est assez suffisant pour croire qu’il y a une nouvelle approche envers ce dossier. »

L’avocat estime que le pouvoir cherche ainsi à apaiser les tensions. « La nouvelle approche c’est qu’on ne le considère plus comme des sécessionnistes ni des agents au service d’un agenda étranger et ça, c’est très important en soi. Ça exprime une volonté de mettre fin à la tension politique qui existe dans le pays. Et on en avait besoin, parce que ça fait des années que ça dure. »

Le 26 juin dernier à Casablanca, la justice marocaine a condamné à des peines comprises entre un et 20 ans de prison un total de 53 activistes accusés de former le noyau dur du «Hirak». La sévérité du verdict avait suscité des réactions d’incompréhension et d’indignation sur les réseaux sociaux suivies de plusieurs manifestations de protestation et de nombreux appels à la clémence du roi.

Le nombre total de condamnations liées au «Hirak» n’est pas connu, d’autres militants ayant été condamnés par d’autres tribunaux à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison après les manifestations qui ont conduit à plus de 400 arrestations, selon les mouvements de défense des droits de l’Homme.

Tous les accusés du procès de Casablanca ont fait appel et l’audience d’appel est prévue en octobre. A l’exception du journaliste, condamné séparément, tous avaient refusé de prendre la parole à la fin du procès en dénonçant la partialité de la justice et leurs avocats avaient refusé de plaider. Les autorités, elles, estiment que le procès était équitable.

La contestation dans le Rif avait été déclenchée par la mort d’un vendeur de poissons broyé dans une benne à ordures en octobre 2016 alors qu’il s’opposait à la saisie de sa marchandise. Au fil des mois, la protestation a pris une tournure plus sociale et politique pour appeler à davantage de développement et à la fin de la «marginalisation».

Les grâces royales sont une pratique traditionnelle pour les grandes fêtes.