Iran : manifestations hétérogènes et sporadiques

Des manifestations dans plusieurs villes d’Iran ont précédé le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran, ce 7 août. Le gouvernement dénonce des appels en provenance de l’étranger.

Le rétablissement des sanctions économiques de Washington contre Téhéran prend effet ce mardi 7 août 2018. Cette mesure provoque la vive réprobation des signataires de l’accord sur le nucléaire iranien , en particulier européens, notamment à cause de leurs répercussions économiques pour les entreprises étrangères ayant investi en Iran.

Dans les jours précédant le rétablissement de sanctions américaines ,diverses manifestations ont été organisées en Iran. Elles ont été décrites par les grands titres de la presse française comme des manifestations contre la situation économique difficile du pays. Un contexte que les sanctions américaines devrait encore aggraver.

L’AFP souligne le caractère hétérogène des mouvements de protestations, évoquant des «manifestations sporadiques et [des] grèves, fruits du mécontentement face à la situation économique détériorée, à la classe politique mais aussi au manque d’eau causé par la sécheresse».

« Ils cherchent à fomenter le chaos en s’emparant de la situation actuelle »

Le ministre iranien de l’Intérieur Salman Samani, a tenu à relativiser l’ampleur et la portée de ces protestations, mais aussi à remettre en question leurs motivations, telles que présentées dans la presse occidentale. Selon des propos rapportés le 5 août par le site de la chaîne publique iranienne Press TV, le haut responsable iranien estime que les «principaux éléments» à l’origine de ces «manifestations illégales» sont en majorité des individus qui s’intéressent peu aux problèmes économiques, mais cherchent à «fomenter le chaos en tirant bénéfice de la situation actuelle marquée par une montée des prix et des problèmes de subsistance».

«Ceux qui ont diffusé de tels messages s’attendaient à obtenir de l’approbation dans de nombreuses villes, mais en réalité les cas de manifestations ont été limités», a-t-il ajouté. En outre, selon Press TV, le ministre considère que les appels à manifester de ces derniers mois sont souteus depuis l’étranger.

Certaines manifestations ont été marquées par des violences, notamment dans le nord du pays, où une école religieuse a été attaquée le 4 août par des manifestants avant que ceux-ci ne soient dispersés par la police.

« Enlever le couteau »

Le président américain Donald Trump s’est félicité de l’entrée en vigueur des sanctions, à minuit (HAE), affirmant dans un tweet qu’elles sont « les plus dures jamais imposées » au régime, et que d’autres suivront en novembre. « Quiconque fait affaire avec l’Iran ne fera PAS d’affaires avec les États-Unis », a-t-il prévenu, avant d’ajouter : « Je demande la PAIX MONDIALE, rien de moins ».

Dans une entrevue accordée lundi à Fox News, le conseiller à la sécurité nationale du président, John Bolton, a réitéré que l’Iran devrait accepter de négocier une nouvelle entente avec Washington pour remplacer l’accord de Vienne sur ses activités nucléaires. Le retrait des États de cet accord, que M. Trump a toujours pourfendu, explique le rétablissement de sanctions.

« Ils pourraient accepter l’offre du président de négocier avec eux, d’abandonner complètement et de manière vérifiable leurs programmes balistique et nucléaire », a dit M. Bolton. « Si les ayatollahs veulent se soustraire aux pressions, ils doivent venir à la table des négociations. »

M. Rohani, qui a investi beaucoup de capital politique dans l’accord nucléaire, a cependant réitéré lundi soir qu’il était « insensé » de négocier avec un pays qui lui livre « une guerre psychologique » en imposant des sanctions « aux enfants iraniens, aux malades et à la nation ».

Si vous êtes un ennemi et que vous poignardez quelqu’un avec un couteau, et qu’ensuite vous dites que vous voulez des négociations, la première chose à faire, c’est d’enlever le couteau.