Chedly Ayari et des experts de l’UGTT qualifient de « catastrophique » la situation économique en Tunisie

Des experts de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) ont affirmé, mercredi 18 septembre courant, qu’il sera difficile de mobiliser des ressources financières prévues pour cette année en raison des événements et de la grave crise politique que traverse le pays.

«La mobilisation des ressources financières nécessite la réalisation d’un taux de croissance de 5%», souligne une étude publiée par le département des études relevant de la centrale syndicale. Elle met en garde contre la gravité de la situation économique que l’UGTT qualifie de «catastrophique», soulignant comme « un échec » l’expérience de financement du budget par les sukuk islamiques , introduit en Tunisie par le gouvernement provisoire dominé par les islamistes nahdhaouis , mettant en relief le non déblocage de la troisième tranche du programme d’appui au budget par la banque mondiale ( BM ).

« La faiblesse du taux de croissance aura aussi un impact sur les ressources fiscales en raison de l’absence d’une politique efficace pour lutter contre l’érosion fiscale » a encore relevé l’UGTT soulignant la lenteur des réformes et d’une justice fiscale.
«La régression des indicateurs économiques, l’inflation, le déficit de la balance commerciale, la régression des réserves en devises et la poursuite des difficultés économiques des banques publiques risquent de créer une crise de liquidité bancaire et de restreindre la capacité du système bancaire à financer l’économie», précise le document.

Le rapport d’experts a aussi souligné que l’adoption d’une politique monétaire expansionniste risque de faire perdurer la crise économique, l’inflation et de provoquer une dévaluation du dinar.

«L’absence d’une vision claire pour promouvoir les secteurs vitaux risque d’aggraver la crise et d’avoir un impact négatif sur les autres secteurs», écrit l’UGTT qui signale les répercussions de cette situation sur la qualité de vie des citoyens, particulièrement les catégories défavorisées.

«L’étude réalisée par l’UGTT montre que la recrudescence du terrorisme, la poursuite de la crise politique, l’absence du sens de responsabilité chez les partenaires politiques sont de nature à donner des signaux négatifs aux investisseurs locaux et étrangers et risquent d’accroître la frustration chez les Tunisiens ce qui aura un impact négatif sur l’activité économique, le climat social et le processus de transition démocratique »,conclu le rapport .

Le gouverneur de la Banque centrale confirme la situation catastrophique 

Chedli Ayari, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) , a confirme le diagnostic des experts de l’UGTT et est allé jusqu’à la cessation du paiement des salaires dans un futur proche .

Dans une interview publiée jeudi par le journal arabophone  ‘‘Achark Aawsat’’ , Ayari tire pour la énième fois la sonnette d’alarme en demandant aux Tunisiens de serrer la ceinture, de ne plus vivre au dessus de leurs moyens pour surmonter la crise.

Ayari a précisé  que «la situation économique en Tunisie est catastrophique» et qu’il «en a prévenu le Provisoire président  de la République ainsi que le gouvernement provisoire.»

Selon le gouverneur, il y a un état des lieux qui ne trompe pas et une politique d’austérité s’impose aujourd’hui plus que jamais.

«La Tunisie n’a jamais atteint, depuis 1970, un taux d’inflation de 6% et la situation est catastrophique», a dit M. Ayari, sans recourir cette fois aux euphémismes. «En l’absence de mesure d’austérité dans le budget de l’Etat de 2013, la Tunisie a atteint une phase critique, et j’ai prévenu le gouvernement qui n’a pas réagi», a encore ajouté M. Ayari. Et il a prévenu: «Aucune augmentation de salaires ne peut être effectuée en 2014».

L’endettement extérieur de la Tunisie se situe entre 45% et 46% du PIB, mais cela reste pour le moment contrôlable, estime le gouverneur, qui insiste sur la nécessité de régler le problème de la contrebande (vers le marché libyen) et de la distribution illégale des marchandises, fléaux qui aggravent les maux de l’économie tunisienne.