Après les «gilets jaunes», les ambulanciers en colère manifestent à Paris

En colère contre la réforme du financement des transports sanitaires, les ambulanciers ont prévu de se rassembler ce lundi 3 décembre à Paris, après une série de manifestations à Marseille, Bordeaux et Lyon. Une mobilisation qui risque à nouveau de paralyser les rues de la capitale.

Plusieurs centaines d’ambulanciers convergent en direction de la place de la Concorde à Paris et doivent ensuite rejoindre le boulevard périphérique pour bloquer les voies. Rejoints par les taxis, ils manifestent contre la loi de Finance 2019.

Ce 3 décembre au matin, plusieurs centaines d’ambulanciers ont bloqué la place de la Concorde à Paris dans le cadre d’une manifestation sauvage. Une mobilisation des ambulanciers était prévue dans le courant de la journée, mais l’élément de surprise a visiblement été privilégié, de sorte que ce rassemblement compte de très nombreux véhicules, gyrophares allumés et sirènes hurlantes.

De nombreux taxis rejoignent le mouvement sur la place parisienne, qui se trouve face à l’Assemblée nationale, de l’autre côté de la Seine.

Ambulanciers et taxis en colère doivent ensuite se rendre vers le boulevard périphérique de la capitale. Ils luttent contre la loi de Finance 2019.

Ces derniers réclament notamment la suppression de l’article 80 du projet de budget de la sécurité sociale 2017, entré en vigueur le 1er octobre 2018.

Depuis cette date, la prise en charge des transports des patients revient directement aux hôpitaux et cliniques plutôt qu’à l’Assurance maladie, tout comme le choix des ambulances privées, auparavant réservé aux patients.

Des actions similaires avaient été menées le 28 novembre dans les villes de Bordeaux, Marseille et Lyon à l’appel de l’Association de défense des transporteurs sanitaires.

Les ambulanciers avaient déjà investi les Champs-Elysées ainsi que le boulevard périphérique le 16 novembre pour dénoncer leurs conditions de travail et interpeller le président de la République Emmanuel Macron.

Pourquoi les ambulanciers sont-ils en colère?

Ces professionnels manifestent ainsi leur colère vis-à-vis de la réforme du financement des transports sanitaires entre établissements de santé. Depuis le 1er octobre 2018, date d’entrée en vigueur de l’article 80 du projet de loi de financement de la sécurité sociale, les hôpitaux prennent en charge les coûts des transports sanitaires. Jusqu’alors, c’était les malades qui choisissaient leur prestataire lorsqu’ils devaient par exemple se rendre à une séance de chimiothérapie ou bien se faire hospitaliser, et se faisaient ensuite rembourser par l’Assurance maladie.

Une facture de 4,6 milliards d’euros

Cette centralisation de la gestion des transports a été mise en place dans une optique de réduction des coûts. Sur la dernière décennie, la facture pour ce poste n’a cessé d’augmenter, pour atteindre 4,8% de croissance par an, alors que dans le même temps les dépenses générales de santé reculaient. L’année dernière la facture s’est élevée à 4,6 milliards d’euros.

Selon la Cour des Comptes, les prescriptions de transport injustifiées coûtent pas moins de 220 millions d’euros par an. L’Assurance maladie a multiplié les contrôles auprès des généralistes un peu trop enclins à prescrire un transport en ambulance, renégocié les tarifs des conventions passées avec les prestataires de transport. Jusqu’à franchir un nouveau palier en confiant la gestion des transports aux établissements de santé. A charge pour eux d’établir un cahier des charges et de passer des appels d’offres pour trouver les prestataires les mieux disant.

Mais ce nouveau système inquiète les ambulanciers, artisans ou TPE. Avec ce nouveau système, ils craignent de ne pas faire le poids face aux grandes compagnies de taxis et d’ambulances qui auront les moyens de rogner leur marge et la flotte de véhicules suffisante pour répondre aux volumes de trajets demandés par les grands centres hospitaliers.

« Ça fait 10 mois que je suis à fond, au taquet, 15 heures par jour, pour essayer de sauver cette société. On ne peut pas faire des rabais, vous vous rendez compte, ce n’est pas faisable », explique Sandrine qui travaille seule avec son fils qui craint de devoir fermer sa société sur RMC

« Aujourd’hui on a beaucoup moins d’appels des hôpitaux, des grandes sociétés passent des contrats avec des hôpitaux et malheureusement tout est vu au rabais pour nous petites sociétés », explique sur BFM Paris Olivier Bonamy, ambulancier.

Des inquiétudes qu’a rejeté Agnès Buzyn, ministre de la santé. Aux inquiétudes des ambulanciers de voir leur profession « ubérisée », elle a répliqué avoir été vigilante pour protéger leur activité et met en avant sa volonté de rationaliser les transports, tout en continuant à travailler sur le sujet.

Avec agences