Afghanistan : Les Etats-Unis négocient leur défaite avec les Talibans

Par Ridha Ben Kacem
Le titre résume la vérité et n’est nullement une attrape nigaude. Au féminin c’est mieux, non ? L’on apprend en effet, que les Etats-Unis et les talibans afghans entament aujourd’hui, des négociations de paix, au Bureau des talibans au Qatar. C’est connu, le vaincu négocie toujours, chez le vainqueur, les conditions de sa défaite. Il cherche en général, une sortie honorable du conflit. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les USA étaient partis sur les chapeaux des roues en guerre pour occire du Taliban. Les voilà réduits 12 ans après, à chercher à quitter les pays, sur la pointe des pieds. La participation des délégués du Conseil suprême de la paix afghan, était initialement, prévue mais, se sentant trahi, Kaboul a boycotté ces négociations de « paix » puis carrément, suspendu ses contacts avec Washington, sur l’accord bilatéral de sécurité. Selon les experts, le président Hamid Karzaï a ainsi montré son mécontentement, de voir l’Occident le laisser choir, comme un vieux chiffon. D’ailleurs, est-il autre chose qu’un vieux chiffon ? Désormais, les talibans ont la chance de leur vie, de terroristes sanguinaires, de s’affirmer en tant que force politique légitime, d’Afghanistan. La Burqa ne s’était jamais aussi bien portée qu’en ce moment. Merci pour elle. Inna sa3yakom machkour, yè would Obama.

A la veille de ces négociations, qui ne disent pas leur nom, les dirigeants talibans ont laissé entendre qu’ils étaient prêts à entamer des négociations de paix, avec Washington et Kaboul. Cette déclaration a été prononcée mardi dernier, par deux mullahs afghans, à la télévision qatarie, à l’occasion de l’inauguration de leur Bureau dans l’émirat. Un bureau flambant neuf construit spécialement pour servir ce cadre à ces négociations. Et devinez qui a casqué pour la construction du bâtiment ? Bingo, c’est le cher époux de cette succulente banana split. Selon des sources proches du dossier, cette première rencontre entre Américains et talibans, entamée aujourd’hui, donnera lieu en première étape, à un échange d’ordres du jour, proposés par les deux parties. Oui les deux parties car, les talibans négocient sur le même pied d’égalité avec la américains.

L’Afghanistan officiel, celui de Karzaï, a violemment, réagi à cette rencontre des irréductibles et des improbables. Le Conseil suprême de la paix d’Afghanistan a déclaré, mercredi 19 juin, que les « puissances étrangères » devaient laisser les Afghans gérer leurs affaires et que ses représentants ne se rendront pas au Qatar, pour négocier, au nom du gouvernement afghan, avec les talibans. Karzaï sait bien évidemment, qu’il tient un discours juste pour la forme. Le jour « J »,il sera embarqué de grès ou de force, dans un avion militaire américain et débarqué quelque part, au fin fond des Etats-Unis, pour être confié à l’un des milliers de service de sécurité. Ce sera peut-être, d’ailleurs, le même hélicoptère, qui avait pris à son bord, Duong V?n Minh, à la suite du départ précipité des boys, de saigon, le 28 avril 1975. Kaboul a également suspendu les contacts sur l’accord de coopération avec les USA, après 2014. La raison invoquée est un peu difficile à cerner, mais Karzaï parle de : « Contradiction entre les actes et les déclarations des Etats-Unis, concernant le processus de paix ».Il est réellement niais, ou il joue la comédie ? Apparemment, Karzaï est contrarié de voir le bureau des talibans au Qatar, présenté lors de son inauguration, avec la participation de hauts fonctionnaires qataris, comme une ambassade d’Afghanistan, sous l’enseigne « Bureau politique de l’EMIRAT ISLAMIQUE d’Afghanistan». Mieux, le drapeau de l’organisation des talibans flotte, en haut du bâtiment. Et c’est sous ce drapeau haï et détesté, par 300 millions d’Américains, que devront passer les négociateurs américains, les envoyés d’Obama, pour entrer dans le bâtiment, afin de négocier avec les talibans. Un beau retournement de l’histoire. Je remercie Dieu pour m’avoir permis de vivre cela !

Selon les observateurs, les talibans souhaitent s’affirmer, comme force politique légitime, avant tout, sur l’arène internationale, parce que, pour ce qui de leur pays, cela fait bien longtemps, qu’ils dominent de nouveau, le paysage, sur tous les plans. L’ouverture de cette grande représentation à Doha, montre clairement, leur volonté de se faire reconnaître, en tant qu’unique alternative viable, dans le pays, après l’effondrement du régime de Karzaï, soutenu à bout de bras, par les Etats-Unis. Les talibans profiteront certainement, du fait que les Etats-Unis n’ont pratiquement, plus aucun argument pour négocier, hormis peut-être, l’échange de prisonniers de guerre. Honte aux Américains.

Selon Viktor Korgoun, de l’Institut d’études orientales de Russie, les talibans chercheront à négocier avec les américains, une place dans le système politique afghan, une participation à la vie sociale et voudront évidemment, promouvoir leur interprétation de la constitution et du rôle de la charia, dans le pays. Les talibans disent qu’ils ne s’opposent même pas, à la présence d’un contingent réduit d’Américains, dans le pays, après 2014, à condition qu’il s’agisse de spécialistes civils qui aident à renforcer l’armée afghane, apportent une aide financière et contribuent à la relance de l’économie afghane, sous l’égides des institutions des talibans. Ils s’attendent donc, non seulement, à une victoire sur toute la ligne, mais également, à une aide financière des américains, pour mieux la consolider. Le Qatar mettra bien évidemment, la main à la poche, également. Peut-être même qu’il payera pour ces pauvres américains, en déroute et en perte de vitesse, décidemment.

L’expert russe a également souligné la récente déclaration américaine selon laquelle, contrairement à Al-Qaïda, les talibans ne représentaient pas une menace directe pour les intérêts nationaux des Etats-Unis. « Cela montre que les Américains ont cédé beaucoup de terrain et ne s’opposent plus à la participation des pachtounes à la vie politique et à l’administration de l’Etat. Le plus important pour les USA, c’est de partir »,coûte que coûte, conclut Viktor Korgoun. Les talibans ne sont plus une menace, pour les Etats-Unis ? Je crois rêver ! Je suggère que l’on mette en circulation en ligne, une pétition pour demander à Tunisair, d’envoyer quelques avions, pour aider les américains à faire leurs petits paquets et à quitter le pays. La Banana split casquera certainement.

Mais ce qu’il faut retenir, avant tout, de ce qui vient d’être écrit, c’est que les nombreuses voix qui s’élèvent de plus en plus, en Tunisie, pour nous convaincre que notre destin se joue définitivement, à Washington, et que ce sont les Etats-Unis qui ont fabriqué de leur propre mains, le printemps Arabe, devraient prendre le temps de réfléchir à tout cela. Les USA quittent l’Afghanistan en 2014, la queue entre les pattes, sur une défaite cuisante, face à des forces rétrogrades, qui les combattaient pratiquement, à mains nues. Avant cela, durant les années 1990, ils avaient quitté la Somalie, sur le même constat d’échec et devant les mêmes forces rétrogrades. Et bien avant cela, ils avaient quitté le Vietnam, dans les années 1970, sur une raclée mémorable, qui s’était traduite par des dizaines de milliers de morts, dans les rangs des soldats américains. Tous les 20 ans, les américains sont défaits par plus faibles qu’eux. Cessez donc, de vous geindre, mes bons concitoyens, et allez opposer votre volonté inébranlable, face à Washington, ce dragon de papier qui ne fait plus peur à personne, et qui se fait tellement peur à lui-même, qu’il est terrorisé à l’idée d’intervenir en Syrie. Quant au Qatar, faites-en pour commencer, votre lait de poule de cet été.

Par Ridha Ben Kacem le 20 juin 2013