La campagne « #WeLoveErdogan » tourne au vinaigre

erdogan haîEn pleine visite du président turc Recep Tayyip Erdogan aux Etats-Unis, ses partisans ont tenu à afficher leur soutien sur Twitter via le hashtag #WeLoveErdogan ( nous aimons Erdogan ) , notamment relayé par des membres du gouvernement. Une polémique a ensuite éclaté lorsque le mot clé a subitement été retiré des sujets tendances de Twitter.
Cette campagne de soutien sur les réseaux sociaux intervient dans une période complexe pour Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérive autoritaire par certains pays. Le procès de deux journalistes d’opposition pour espionnage, qui s’est ouvert vendredi 25 mars à Istanbul, a récemment ravivé ces critiques.

Actuellement en voyage aux Etats-Unis, le président turc ne devrait pas être reçu par Barack Obama, qui semble vouloir garder ses distances. Le 17 mars dernier, la Maison Blanche avait appelé la Turquie à respecter les valeurs démocratiques, après des atteintes à la liberté de la presse.

Ce voyage n’avait rien d’une promenade de santé pour le dirigeant islamiste turc qui ne s’attendait pas à un accueil chaleureux à la Maison blanche. Le président américain Barack Obama a notamment refusé d’accompagner M.Erdogan lors d’une cérémonie d’inauguration d’une mosquée programmée dans le Maryland. Il s’agit d’un signal diplomatique assez clair.

Le hashtag #WeLoveErdogan, lancé par des partisans du président turc et relayé notamment par plusieurs ministres et membres du parti au pouvoir, a été propulsé mardi 29 mars au soir parmi les sujet les plus tendance sur Twitter.
« Le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusolgu, qui accompagne Erdogan à Washington, a ainsi écrit:

« Notre président Monsieur @RT_Erdogan a été reçu avec grand enthousiasme par des citoyens américains et nos compatriotes ». #WeLoveErdogan

D’autres internautes et politiques ont mis en ligne des photos: Erdogan embrassant des enfants, Erdogan jouant au foot ou encore Erdogan quittant le Forum de Davos après un clash avec le président israélien Shimon Peres en 2009. « C’est pour ça que #NousaimonsErdogan », commente un député de l’AKP au pouvoir.

Censure de Twitter ?

Mais cette campagne a rapidement laissé place à la polémique, les partisans d’Erdogan accusant Twitter de censure, quand le hashtag a disparu de la liste des TT, les tweets les plus tendances.

« Gözde Céline ‎@GozdeLovato
Twitter supprime ce hashtag qui était en TT  » #WeLoveErdogan  » quelle honte ! Twitter deleted this hashtag what a shame ! »

Furieux, le maire d’Ankara Melih Gokcek a posté une bonne quarantaine de tweets, sur ses comptes en anglais et en turc, affirmant que Twitter l’avait délibérément retiré. « Ce mot-dièse #WeLoveErdogan a été classé parmi les plus tendance dans le monde… Mais il a ensuite été censuré de manière incroyable », proteste-il, accusant même les partisans de l’ennemi juré du président Erdogan, l’imam Fethullah Gulen, d’être derrière cette censure.

melih

Le vice-Premier ministre Yalçin Akdogan a appelé à mettre fin à ce « deux poids, deux mesures » et cette « hyprocisie », accusant Twitter de laisser de faux comptes insulter le président mais d’entraver les démonstrations d’affection. « Pourquoi ça vous rend fou qu’on dise qu’on aime Erdogan? », a-t-il demandé à la télévision.
Twitter n’a pas immédiatement réagi à cette polémique. Mais certains médias turcs, tels que Cumhuriyet, expliquent que de nombreux tweets auraient été générés par de faux comptes, ce qui aurait conduit au retrait du hashtag de la liste des TT.
D’ailleurs, des utilisateurs du réseau social estiment que Twitter « n’aime pas Erdogan » en raison du jeu malhonnête de ses partisans. La popularité du mot-clé pro-Erdogan serait en réalité due au fait que de nombreux tweets ont été générés artificiellement par de faux comptes Twitter (bots).
La twittosphère était tout de même loin d’être unanime dans son soutien au président Erdogan, puisqu’un autre hashtag #WeHateErdogan ( nous haïssons Erdogan  ) a également été largement relayé.

nous haîssons erdogan

kurdes emprisonnés

Le réseau social Twitter a supprimé « pour des raisons techniques » le mot-clé #WeLoveErdogan qui avait été relayé plus de 240.000 fois à l’occasion d’une visite du président turc Recep Tayyip Erdogan aux Etats-Unis, a déclaré jeudi à l’agence russe Sputnik Onur Yazicioglu, expert turc des réseaux sociaux.
« Nous avons affaire à une campagne de promotion de ce hashtag. Ce n’est pas interdit sur Twitter. Mais ces campagnes entravent le fonctionnement du réseau social du point de vue de marketing parce que les utilisateurs publient toujours le même contenu et discutent de l’information publiée avec un mot-clé promu au moyen de faux profils. La décision prise par la direction de Twitter pouvait s’expliquer par cette raison. Il est également possible qu’il existe un quota de tweets publiés par des faux utilisateurs (bots). Quand on l’atteint, le hashtag est automatiquement supprimé. A mon avis, la suppression de ce mot-clé n’a pas été dictée par des raisons politiques, mais plutôt techniques », a indiqué M.Yazicioglu.

L’expert a rappelé que Twitter est avant tout un réseau social où le contenu est produit par ses utilisateurs. « Or, certains partis politiques turcs considèrent Twitter comme un instrument de propagande politique« , a-t-il noté.

La confrontation ne date pas d’hier

La confrontation entre Recep Tayyip Erdogan et le réseau social Twitter ne date pas d’hier. En 2014, le gouvernement turc a bloqué Twitter sur le territoire du pays.

M.Erdogan, qui était alors premier ministre, a accusé le réseau social de porter atteinte à sa vie privée suite à la diffusion par deux internautes de conversations téléphoniques révélant l’implication de la famille Erdogan dans des affaires de corruption. Ce scandale a éclaté à la veille des élections.

M.Erdogan était indigné: « Ils respectent les lois des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine et d’autres pays, mais lorsqu’il s’agit de la Turquie (…) ils commencent à parler de la liberté d’expression. Nous ne sommes pas un pays du tiers monde et tout le monde doit respecter nos lois et notre Constitution ».

Les sanctions turques ont provoqué un tollé sur Twitter en 2014. Le hashtag #TwitterBlockedInTurkey (Twitter interdit en Turquie) s’est retrouvé au Top des tendances de Twitter.

M.Erdogan a dû céder, tout en menaçant de punir ses ennemis sur Internet.

« Il existe de nouvelles mesures à prendre sur Internet dont l’interdiction d’accès à YouTube et à Facebook », a-t-il déclaré à la télévision turque.

Par la suite, M.Erdogan a probablement décidé de changer de tactique. En 2015, il créé un compte sur Twitter. Dans son premier tweet signé RTE (Recep Tayyip Erdogan), il a appelé les internautes à renoncer au tabac. Le président turc avait antérieurement affirmé qu’il n’avait pas de temps pour tweeter. « Je n’ai pas assez de temps libre pour ça, je travaille jour et nuit », avait-t-il affirmé.

Y aurait-t-il un happy end à cette histoire d’amour?