Tunisie : Innocentes interrogations d’un crédule

Le gouvernement a souffert une grève générale du secteur public, lourde en coût politique et surtout financier en ces temps de crise économique, où il a dû éhontément puiser dans les pensions des retraités. C’est qu’il n’a pas les moyens (nous reprenons ses propres propos) de concéder les augmentations salariales que les fonctionnaires exigeaient via l’UGTT.

Le même gouvernement a rejeté, pour les mêmes raisons, les extravagantes revendications des enseignants et de leur syndicat qui a à sa tête le voyou le plus détesté des millions de parents, parce qu’il a pris en otages leurs enfants, les privant deux mois durant de cours et d examens, tout en faisant fi du risque d’une année blanche.

Des réunions ad hoc entre le patron de l’UGTT et le chef du Gouvernement aplanissent les différents et on annonce une entente sur les deux dossiers. Un ouf de soulagement secoue la bedaine du pays…

Que nenni… Le fourbe Syndicat du secondaire, sentant que de celui qui donne la main, on peut obtenir le bras, rejette malicieusement l accord conclu par le chef Taboubi où il a dû concéder quelques minimes concessions. C est le tout ou rien qu’il exige, reflétant soit disant la volonté de sa base. Il a obtenu gain de cause tout à l’heure…

D’où vient l’argent ? 

Si le gouvernement en est arrivé à mettre la main dans la poche des retraités et à exagérément hausser prix, taxes et redevances avec ce que cela représente comme mécontentement et effet néfaste sur ses chances aux prochaines élections, c’est que logiquement il n’a pas d’autres moyens pour garder la barque à flot. Alors comment a-t-il pu accorder coup sur coup toutes ces majorations qui se chiffrent en centaines de milliards et que le ministre Lemouakher (le retardataire ou celui qui marche à reculons) prétend qu’elles ont été concédées «en fonction des équilibres des finances de l’État»?

Et puis si les moyens de telles augmentations existent, malgré les terribles FMI et Banque mondiale, pourquoi avoir tant attendu et subi crises, arrêt de travail , pertes d’argent et de savoir? Pourquoi soutirer leur argent et contre leur gré, aux retraités?

Que vient faire Ennahdha ?

En ce samedi 9 février, des fuites ont fait état d’une rencontre que Youssef Chahed aurait sollicitée en urgence avec le chef de la secte islamiste Ennahdha avant le démarrage des travaux du Conseil de la Choura (les sages) de cette dernière. Certains ont vu dans cette requête une tentative de convaincre Ghanouchi de faire en sorte que son insistance ne pousse pas le gouvernement vers la sortie à cause des prétentions électorales de son chef. Ghanouchi dément mais lance un pavé dans la mare : «rien de spécial dans cette entrevue, sinon que la crise du secondaire est résolue», dira-t-il à 60 km de Tunis où les débats de la commission administrative du syndicat des enseignants sur Les propositions du gouvernement étaient supposées se poursuivre encore.
Moins d’une heure après, effectivement, le syndicat confirmait la fin de la crise par la conclusion d’un accord définitif et par la dénonciation de l’«écart» du président d’Ennahdha qui «tente d’exploiter politiquement un accord qui ne le concerne d’aucune manière», lit-on en substance, dans un communiqué de l’UGTT.

Ah bon? Voyons voir et interrogeons-nous.

Pourquoi cette entrevue de dernière minute et comment le cheikh savait-il que les représentants des enseignants allaient mettre fin à leur mouvement? Et à supposer que c’est Chahed qui l’en a fortuitement informé, cela nécessitait-il une rencontre et dans ce cas, pourquoi Ghanouchi s’imisce-t-il dans une affaire où à aucun moment il n’a été partie prenante?

Revenons maintenant au financement de la faramineuse augmentation. D’où le gouvernement va-t-il amener l’argent qui, ne l oublions pas «sera concédé en fonction des équilibres financiers de l’État», selon Lemouakher? Une question qui s’impose quand on sait que les caisses sont quasi vides.

Si l’on procède par recoupement des données énoncées et par la mise en place des éléments du puzzle, on trouve que Ghanouchi est une (sinon la) pièce maîtresse de la résolution de la crise et que son rôle, aussi occulte qu’il soit y a été déterminant. Son annonce, même si elle ne lui a pas échappé et s’il a voulu montrer qu’il n’est pas étranger à la stabilité sociale, l’a trahi… Il sait d’où et comment viendra l’argent et ce sera par son intermédiaire ou son intervention. C’est le seul niveau où il peut avoir une voix au chapitre. Et si cette logique tient, et comme l’a clairement dit Safi Saïd, le seul pays qui ouvre la bourse pour les beaux yeux d’Ennahdha, est le Qatar. Et nous savons ce que cela veut dire…
Mais nous demeurons confiants en notre société civile qui saura mettre à nu les desseins de ce gourou et de ses alliés, et qui s’opposera au projet de société dont il rêve, fait de camps comme celui de Regueb, d’enfants esclaves et chair à canon, d’émirs et de califes despotes au nom d’un autre Islam à leur mesure, d’assassins des hommes et de la parole libres. Leur appareil parallèle secret est certes en place, leurs bombes humaines qu’ils tiennent prêtes sont bien là, leur argent sale aussi, mais ils ne tiendront point, car leur projet est contre nature dans une société comme la Tunisie dont ils ne représentent même pas 10%. Les opportunistes et les mauvais calculateurs, en plus de leur discipline de meute, en ont fait une force décisionnelle. Mais ils sont dans la tourmente. Ils est des signes qui ne trompent pas.

Slah Grichi