Tataouine touristique après le tournage d’un film

À l’occasion du 65e Festival de Cannes 2012 , visite de quelques sites devenus touristiques après qu’un film y a été tourné. En France, comme à l’étranger. Une sélection.

Il est des lieux que le 7e art a toujours plébiscités. Et d’autres qu’il a lancés. Un village, une campagne, une montagne, un désert, une maison, une île… Le public les a alors découverts sur grand écran. Avant d’aller y jouer un rôle de vacanciers. De France en Tunisie, en passant par la Suisse, l’Italie et même la Thaïlande, scénarios de voyages dans un décor de cinéma.
À Capri, la villa du Mépris
Il faut s’élancer de la piazetta de Capri, sur un petit sentier parfumé qui dégringole jusqu’à la mer et s’enfonce dans la végétation méditerranéenne. Trois quarts d’heure plus tard, sous un soleil ardent, apparaît comme un mirage, dans un isolement total enchanté par les cigales, la villa Malaparte. Une apparition. Un parallélépipède rouge brique, en aplomb de la mer, arrimé à la pointe d’un rocher. L’écrivain italien Curzio Malaparte l’élève en 1937, comme une ode à l’extravagance. Jean-Luc Godard fait entrer la maison dans la légende en la choisissant comme décor pour Le Mépris, en 1963. Enveloppée dans un peignoir jaune et armée de sa moue légendaire, Brigitte Bardot descend l’escalier taillé dans la roche qui, trente-deux mètres plus bas, conduit à la mer. À Michel Piccoli qui la poursuit, elle lâche: «Ne me touche pas, je ne t’aime plus…» Quelques mots, un panorama en Technicolor, une musique qui revient comme la vague, hymne à la mélancolie, et la villa Malaparte devient une icône, à l’égale de Bardot dont le rôle de Camille fut peut-être son plus grand. Abandonnée après la mort de l’écrivain (1957), la casa Malaparte a subi une importante restauration dans les années 1980. Propriété d’une fondation, elle accueille parfois des manifestations culturelles, mais ne se visite pas de manière organisée. L’accès, uniquement à pied (400 marches) ou par la mer, ne facilite pas sa découverte. Qu’importe, c’est de l’extérieur qu’il faut observer cette «nef homérique» échouée sur les rives d’une des plus belles îles du monde. L’approcher et se laisser emporter par les dieux du cinéma qui l’ont mythifiée. Jean-Luc Godard, Jack Palance, Fritz Lang, Michel Piccoli, Brigitte Bardot…

• Scène de nuit. Le Grand Hôtel Quisisana, face à la mer, est considéré comme un des plus beaux du monde. Façade néoclassique, parc luxuriant, piscine ovale, spa princier, riche mobilier, statues antiques, personnel en jaquette bleu nuit galonnée d’or… Au minimum 400 € la chambre double.Tél.: 0039 081 837 07 88 et www.quisisana.com

• Moteur. Aéroport de Naples (Air France, Alitalia, EasyJet, Vueling, etc.) puis prendre un taxi pour l’embarcadère de Capri. Durée de la traversée: autour de 45 min (20 € environ).

• Générique. www.enit.it
Rochefort-sur-Mer et ses demoiselles

En 1967, la France entière fredonne avec Solange et Delphine la joyeuse musique de Michel Legrand et ses couplets entraînants qui racontent le bonheur de deux sœurs jumelles. Les curieux affluent à Rochefort-sur-Mer pour voir la ville des demoiselles, la belle brune et la belle blonde incarnées par Françoise Dorléac et Catherine Deneuve. Jacques Demy vient de donner un sacré coup de jeune à la blanche et austère cité militaire de Charente-Maritime. Il en a même fait repeindre les façades de toutes les couleurs. Mais, faute d’entretien de ce patrimoine cinématographique, l’intérêt du public retombe. En 1991, seuls les visiteurs cinéphiles salueront Les demoiselles ont 25 ans, un hommage signé Agnès Varda, ou remarqueront, en 1999, que la place de la Gare vient d’être rebaptisée place Françoise-Dorléac. Or voilà que depuis l’an dernier, les «deux-sœurs-jumelles-nées-sous-le-signe-des-Gémeaux» tiennent à nouveau le haut du pavé rochefortais. Tout l’été, l’office du tourisme orchestre des balades guidées sur les lieux du tournage. Mieux: toute l’année, on peut en revoir les scènes cultes, rien qu’en flânant, iPhone en main. Une application spéciale (gratuite) déclenche, en effet, automatiquement les séquences aux passages clés, tels la place Colbert ou le pont transbordeur. On peut aussi s’offrir le DVD, sorti en 2010 et agrémenté, à Rochefort-sur-Mer, de l’affiche du film rééditée.

• Scène de nuit. À l’hôtel de la Corderie Royale, 3 étoiles, piscine découverte
et spa, à partir de 95 €. Tél.: 05 46 99 35 35 et www.corderieroyale.com

• Moteur. En train, via La Rochelle, Nantes, Angoulême…

• Générique. Office du tourisme, tél.: 05 46 99 08 60 et www.rochefort-ocean.com

Un nouvel espoir à Tataouine

Jadis, Tataouine ( extème sud tunisien ) abritait un bagne de l’armée française (fermé en 1938) qui lui conféra à la fois la notoriété et une très mauvaise réputation. On est ici au sud de la Tunisie, sur une ancienne route qu’empruntaient les caravanes avant de traverser le désert du Fezzan (actuelle Libye) pour gagner le Soudan. L’oasis en est la dernière étape avant l’infini des sables. Aujourd’hui, elle garde les frontières de la Tunisie avec celles de l’Algérie et de la Libye. En 1977, George Lucas planta dans la région le décor de l’épisode IV de La Guerre des étoiles. Du reste, au cours de cet épisode baptisé «Un nouvel espoir», la princesse Leia, Luke Skywalker et leurs amis droïdes visent une planète des sables baptisée Tatooine… Lucas installa ses caméras à Matmata, un village réputé pour ces étonnantes habitations troglodytiques. On y trouve un hôtel, le Sidi Driss, que le cinéaste transforma en abri pour Skywalker. Un autre site en plein désert, à une heure de Tataouine, fut aussi retenu. Plusieurs igloos futuristes ont été construit au bord d’un lac asséché. Ce qui reste des maisonnettes de Star Wars, largement mangées par le désert et détériorées par les visiteurs, compose une excursion classique qui offre le frisson du Sahara puisqu’on s’y rend en 4×4 en glissant sur des pistes de poussière. Sur place, il ne restera plus qu’à imaginer l’atterrissage d’un vaisseau spatial conduit par Han Solo. La princesse Leia en descend… Pour peu qu’on ait pensé à installer sur son iPod la musique de John Williams… l’illusion sera parfaite.
• Scène de nuit. Le Club Sangho de Tataouine (clin d’œil au cinéma, son nom est écrit en lettres de pierres sur la colline qui le domine, comme à Hollywood!) est le plus confortable des hôtels du village. 80 chambres douillettes, piscine, service tout sourire et excellent restaurant tunisien. Environ 1 000 € la semaine. Possibilité de combiner Tataouine avec un séjour au Club Sangho de Zarzis, les pieds dans l’eau. Tél.: 01 42 97 14 00 et www.sangho.fr

• Moteur. Vols à destination de Djerba (Tunisair), puis 4×4 jusqu’à Tataouine afin d’aller découvrir d’une part le village de Matmata, d’autre part, le désert et ses souvernirs du film de George Lucas.

• Générique. Office national du tourisme tunisien, tél.: 01 44 51 51 74 et www.bonjour-tunisie.com