Covid-19 : l’Italie bloque le sommet de l’UE et réclame des mesures plus fortes

Alors que l’Italie a dépassé ce jeudi 26 mars les 8.000 morts dus au Covid-19, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a refusé de signer le document final du sommet de l’Union européenne qui s’est tenu en visioconférence et qui portait sur les mesures destinées à contrer la maladie.

Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, est contre le projet préparé lors d’un sommet de l’UE en visioconférence pour trouver une réponse économique commune à l’impact de la pandémie de Covid-19, rapporte l’AFP en citant des sources au sein du gouvernement italien.

«Il s’agit ici de réagir avec des instruments financiers innovants et réellement adéquats à une guerre que nous devons mener ensemble pour la gagner le plus rapidement possible», a-t-il déclaré à ses homologues, a indiqué à l’agence de presse citant une source de l’entourage de M.Conte.
M.Conte a donné 10 jours à ses collègues pour trouver une «solution adéquate à la situation d’urgence» que connaît l’UE. Il a également invité les dirigeants européens à créer un groupe de cinq chefs d’État ou de gouvernements de l’UE pour formuler des propositions visant à surmonter la crise actuelle.

Pays du sud et pays du nord 

Comme au temps de la crise de la dette de la zone euro entre 2010 et 2012, s’affrontent les tenants d’une plus grande solidarité financière, les pays du sud, moins vertueux en matière budgétaire, et ceux du nord, méfiants face à des voisins qu’ils jugent laxistes.

Pourtant l’heure est grave: la pandémie a déjà fait plus de 10’000 morts dans l’UE, principalement en Italie, en Espagne et en France. Et le confinement de la population a des conséquences désastreuses sur l’économie: entreprises à l’arrêt, Bourses dans le rouge et prévisions de croissance dramatiques.

Les États européens ont, dès le début de la crise, privilégié des réponses nationales, notamment en dévoilant d’importants plans de dépenses, sans chercher à se coordonner au niveau européen.

Depuis deux semaines, Bruxelles tente, non sans mal, d’harmoniser une approche européenne.

Selon le projet de déclaration qu’ils doivent approuver ce soir, les dirigeants devraient valider la suspension des règles européennes de discipline budgétaire, ce qui leur permettra de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre le virus et ses conséquences.

Ils devraient aussi charger la Commission de travailler sur une «stratégie de sortie» de crise et un plan de relance pour l’économie une fois la pandémie passée.

«L’UE se disloque» ?

Mercredi, neuf dirigeants européens, dont le Français Emmanuel Macron et l’Italien Giuseppe Conte, avaient exhorté à «travailler à un instrument» pour lancer un emprunt commun à toute la zone euro, y voyant le fondement d’une économie européenne plus unie et respectée.

Et jeudi, au début du Sommet, le président du Parlement européen, l’Italien David Sassoli a lui aussi appelé à «des mesures extraordinaires pour répondre» à la crise, estimant qu’il ne «suffisait pas de modifier les instruments qui existent déjà».

Or l’idée de mutualiser les dettes de pays de la zone euro, qui faciliterait l’emprunt des Etats du sud, ne plait guère à l’Allemagne et aux Pays-Bas.

Ils la jugent «idéologique» et inappropriée et, surtout, ils refusent de payer pour des pays qu’ils jugent trop dépensiers.

«On est dans une situation d’urgence. Je m’attendais à ce que ce genre de choc change un peu les logiciels. Le risque, c’est la dislocation de l’UE», a mis en garde Anne-Laure Delatte, conseillère scientifique au Cepii, le Centre français d’étude et de recherche en économie internationale, citée par l’AFP.

Dans le dernier projet de conclusions des 27, il n’est en tout cas fait aucune mention d’un emprunt commun au nom des 19 pays de la zone euro et encore moins de «corona bonds», une idée lancée la semaine passée par M. Conte et soutenue par M. Macron.

Selon ce document, qui pourrait encore évoluer, les 27 devraient inviter leurs ministres à continuer de travailler sur la manière de soutenir l’économie, mais sans aucune autre précision.

Par rapport à une précédente version a été retirée la mention du fonds de secours de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES). La piste explorée jusqu’ici était que ce dernier puisse octroyer une ligne de crédit de précaution à un pays, un groupe de pays, voire à l’ensemble des pays de la zone euro qui en feraient la demande.

Cet argent ne serait en principe pas utilisé mais donnerait un signal rassurant aux marchés: en cas de problème, le pays concerné pourrait théoriquement y avoir recours.

Le fait que le MES ne soit plus mentionné dans la dernière version disponible pourrait signifier que les 27 ouvrent la voie à une solution plus créative, ce qui irait dans le sens de l’Italie, mais pas des Pays-Bas, ont expliqué deux sources cités par l’AFP.

Avec agences